Phyllanthus fraternus (PROTA)

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Ressources végétales de l'Afrique tropicale
Introduction
Liste des espèces


Importance générale
Répartition en Afrique
Répartition mondiale
Médicinal
Fourrage


Phyllanthus fraternus G.L.Webster


Protologue: Contr. Gray Herb. 176 : 53 (1955).
Famille: Euphorbiaceae (AGP: Phyllanthaceae)
Nombre de chromosomes: 2n = 24

Noms vernaculaires

  • Herbe du chagrin, herbe au chagrin (Fr).
  • Gripe weed (En).
  • Erva poubinha, erva pombinha (Po).

Origine et répartition géographique

Phyllanthus fraternus est une adventice pantropicale, probablement originaire du Pakistan et de l’Inde occidentale. En Afrique tropicale, il est présent du Cap-Vert jusqu’en Somalie et vers le sud jusqu’en Afrique du Sud, sauf dans les régions les plus humides.

Usages

En Côte d’Ivoire, la décoction de feuilles se boit pour faciliter l’accouchement, et contre les œdèmes, les douleurs intercostales et la fièvre. Au Ghana, des sources indiquent que l’extrait végétal, fortement diurétique, se prend pour dissiper les spasmes comme les douleurs des coliques lors de la dysenterie ; la plante s’emploie également pour ses vertus laxatives et pour traiter la gonorrhée et le paludisme. En usage externe elle s’applique sur les infections cutanées. Au Soudan, les feuilles se donnent contre la dysenterie. A la Réunion, la plante est également utilisée contre la gonorrhée, l’hydropisie et la diarrhée.

En Inde, Phyllanthus fraternus, en mélange avec d’autres Phyllanthus spp., se vend comme remède phytothérapeutique sous le nom de “Bhumyamlaki”, couramment employé contre la jaunisse ; on lui prête des vertus âcres, carminatives, rafraîchissantes et il est utile dans le traitement de la soif, de la bronchite, de l’asthme, de la lèpre, de l’anémie, des maladies vénériennes, des problèmes de voies urogénitales, de l’anurie, des crises bilieuses et du hoquet. Les fruits sont utilisés dans le traitement des ulcères, des blessures, des plaies, de la gale, de la teigne et d’autres problèmes de peau. Les racines fraîches se prennent contre la jaunisse et, broyées avec du lait, comme galactagogue. La décoction de racines et de feuilles est utilisée pour traiter le paludisme. Le jus de la plante sert à soigner les ecchymoses, les plaies, les ulcères et, mélangée à de l’huile, contre l’ophtalmie et la conjonctivite. Des cataplasmes confectionnés avec de la poudre de racines et de feuilles et de l’eau de riz servent à traiter les œdèmes et les ulcères.

Phyllanthus fraternus est brouté par tous les animaux domestiques. En Afrique de l’Est, en Inde et en Indonésie, on tire un colorant noir de la tige et des feuilles, qui s’utilise pour teindre le coton et peut aussi servir d’encre.

Production et commerce international

Malgré les exportations indiennes de matériel végétal de Phyllanthus fraternus, il n’existe aucune donnée sur les quantités et les valeurs.

Propriétés

Des lignanes, la phyllanthine et l’hypophyllanthine, ont été isolés des feuilles, mais selon certaines sources, cela pourrait être dû à une confusion avec Phyllanthus amarus. Les feuilles contiennent en outre d’autres lignanes : la niranthine, la nirtétraline et la phyltétraline. Parmi les autres composés isolés de la plante figurent des alkamides (2, 4-octadiénamide et 2,4-décadiénamide), un alcaloïde quinolizidine (la norsécurinine), une flavone (la tricine), des triterpénoïdes (la friedéline, l’épifriedélinol, le kokoonol et le sorghumol), un tétraterpénoïde (le phyllanthusone), et des cires (octacosane, alcool tétracosylique, alcool tricosylique). Certains des alcools sont également présents à l’état d’esters, par ex. ester de phyllanterpényle et ester de pentacosanyle. Un extrait à l’alcool des racines contenait des séco-stérols : le phyllanthostérol, le phyllanthosécostéryl ester, le phyllanthostigmastérol et le fraternustérol. L’huile des graines contient de l’acide ricinoléique, de l’acide linoléique et de l’acide linolénique.

Les deux alkamides isolés ont une activité antiplasmodium modérée in vitro. Un extrait aqueux de la plante a démontré une action protectrice contre les effets de la consommation chronique d’alcool sur le foie de lapins. Une baisse de la teneur en cytochrome des cellules a été en partie annulée par l’extrait. Sur des rats auxquels on a administré de l’alcool allylique pour provoquer un stress oxydant sur les cellules du foie, l’extrait a eu un effet bénéfique sur les mitochondries de ces cellules. Un extrait aqueux à l’éthanol de plante séchée a montré une action protectrice sur le foie contre les effets du trioxyde d’arsenic sur des poulets.

Un extrait aqueux à l’alcool s’est montré nettement antinociceptif chez des rats. En administration orale, l’extrait était moins puissant que par voie intrapéritonéale.

Un extrait de racine de plantes d’origine soudanaise a eu une forte toxicité sur les escargots Bulinus et Biomphalaria, mais ces extraits sont également toxiques pour les grenouilles et les poissons.

Falsifications et succédanés

En Inde, il existe un remède phytothérapeutique commercialisé sous le nom de “Bhumyamlaki” : il peut s’agir soit de Phyllanthus amarus Schumach. & Thonn. pur, soit de Phyllanthus maderaspatensis L. pur, soit d’un mélange avec Phyllanthus fraternus. Il est commercialisé comme médicament spécifiquement destiné aux affections hépatiques.

Description

Plante herbacée annuelle, monoïque, atteignant 45(–60) cm de haut, glabre à courtement poilue ; pousses verticales anguleuses, brun pâle, pousses latérales atteignant 10 cm de long. Feuilles alternes, distiques, presque sessiles ; stipules d’environ 1 mm de long, linéaires-lancéolés, blanchâtres ; limbe elliptique-oblong, de 5–13 mm × 2–5 mm, base cunéiforme à arrondie, apex obtus ou arrondi, glabre, à 4–7 paires de nervures latérales. Fleurs à l’aisselle des feuilles, fleurs mâles (1–)3 par aisselle à la base des rameaux, les autres aisselles foliaires comportant généralement 1 fleur femelle. Fleurs unisexuées ; pédicelle d’environ 0,5 mm de long ; fleurs mâles à périanthe à 6 lobes obovales-orbiculaires, d’environ 0,5 mm de long, en 2 verticilles, translucides, glandes du disque 6, libres, aplaties, étamines 3, filets soudés ; fleurs femelles à périanthe à 6 lobes d’environ 1 mm de long, les lobes extérieurs oblongs-lancéolés, les lobes intérieurs oblongs à oblancéolés, blancs, disque d’environ 0,5 mm de diamètre, frangé, ovaire supère, d’environ 0,5 mm de diamètre, 3-loculaire, styles 3, d’environ 0,5 mm de long. Fruit : capsule 3-lobée presque globuleuse d’environ 1 mm × 1,5 mm, lisse, jaunâtre, contenant 6 graines. Graines d’environ 1 mm de long, segmentées, brun jaunâtre, à tubercules brun foncé sur une face et à crêtes concentriques sur l’autre.

Autres données botaniques

Phyllanthus est un genre important comprenant environ 750 espèces dans les régions tropicales et subtropicales, avec environ 150 espèces en Afrique tropicale continentale et une soixantaine à Madagascar et sur les autres îles de l’océan Indien. Une classification subgénérique de Phyllanthus est en préparation. Jusqu’à il y a une vingtaine d’années, les taxinomistes groupaient un certain nombre d’espèces, dont Phyllanthus fraternus, sous Phyllanthus niruri L. Quand on trouve le nom Phyllanthus niruri dans la littérature ancienne pour des spécimens africains ou asiatiques, il s’agit généralement de Phyllanthus amarus, mais parfois aussi de Phyllanthus debilis Klein ex Willd., Phyllanthus fraternus, Phyllanthus maderaspatensis L. ou Phyllanthus rotundifolius Klein ex Willd. La présence de spécimens du véritable Phyllanthus niruri n’a en fait jamais été confirmée en dehors des Amériques. Dans la littérature pharmacologique, la confusion entre Phyllanthus fraternus et Phyllanthus amarus subsiste.

Plusieurs autres Phyllanthus spp. annuels ou vivaces à vie courte ont des usages médicinaux en Afrique tropicale.

Phyllanthus leucanthus

Phyllanthus leucanthus Pax est présent de l’est de la R.D. du Congo et du Kenya jusqu’au Botswana et au Mozambique. Au nord de la Tanzanie, on donne du jus de racine aux nouveaux-nés pour accélérer la chute du cordon ombilical.

Phyllanthus leucocalyx

Phyllanthus leucocalyx Hutch. se rencontre au Kenya, en Ouganda, en Tanzanie et au Mozambique. Au Kenya et en Tanzanie, l’infusion de feuilles se boit pour trouver un soulagement après les douleurs de l’accouchement, et la décoction de la plante entière pour soigner les maux d’estomac et comme émétique.

Phyllanthus odontadenius

Phyllanthus odontadenius Müll.Arg. (synonyme : Phyllanthus bequaertii Robyns & Lawalrée) est présent dans tous les pays côtiers d’Afrique de l’Ouest de la Guinée-Bissau au Congo, et depuis le Rwanda, le Kenya et l’Ouganda jusqu’en Afrique australe. Au Ghana, on consomme les feuilles pour faire passer le hoquet. Au Rwanda, l’extrait de tige est utilisé pour traiter la diarrhée et le choléra. Des extraits de feuilles et de tiges à l’alcool ont calmé la diarrhée induite à l’huile de ricin chez les souris. Un extrait à l’eau de la plante entière a inhibé l’ADN polymérase de l’hépadnavirus.

Phyllanthus pentandrus

Phyllanthus pentandrus Schumach. & Thonn. a la même répartition que Phyllanthus odontadenius, mais on le trouve également dans la zone sahélienne, du Sénégal au Soudan. Au Sénégal, la décoction de plante en breuvage et dans le bain est utilisée comme remède contre la syphilis. La décoction de racine se boit pour traiter la stérilité chez les femmes. Au Niger, la décoction de pousses se donne comme tonique aux mères qui allaitent. Au Nigeria, la décoction de la plante entière se boit pour traiter le mal d’oreille, ou bien les cendres de la plante sont dissoutes dans de l’eau et utilisées comme gouttes dans les oreilles. Un mélange de feuilles séchées et de beurre s’applique sur les furoncles et les membres luxés. En Afrique de l’Ouest, les feuilles, qui ont des propriétés insecticides, servent en pansement pour protéger les plaies du bétail. Phyllanthus pentandrus est consommé par tous les animaux domestiques.

Phyllanthus rotundifolius

Phyllanthus rotundifolius Klein ex Willd. (synonyme : Phyllanthus aspericaulis Pax) est relativement répandu dans les régions sèches d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale, en Afrique de l’Est ainsi qu’en Asie mais il est rare sur une grande partie de son aire de répartition. Au Kenya, le jus de feuilles écrasées est appliqué sur les plaies. En Afrique de l’Ouest, les vaches refuseraient d’y toucher, tandis qu’au Kenya les chameaux, les vaches, les ânes, les chèvres et les moutons les brouteraient.

Ecologie

Phyllanthus fraternus est présent dans la forêt claire décidue, dans les cuvettes boueuses et les sols humides ombragés de la savane arbustive, sur les termitières, dans la savane herbeuse, sur les rocailles, les sols sableux et les sols de plateaux caillouteux, depuis le niveau de la mer jusqu’à 1800 m d’altitude. C’est une adventice répandue. Il tolère la sécheresse mais ne survit pas à l’engorgement des sols.

Ressources génétiques

Rien n’indique que Phyllanthus fraternus soit menacé d’érosion génétique. Il existe de petites collections de ressources génétiques en Inde.

Perspectives

Les usages médicinaux répandus de Phyllanthus fraternus justifient un approfondissement des recherches pharmacologiques. L’identification correcte du matériel sur lequel portent les recherches et une révision approfondie des travaux antérieurs sont indispensables. Etant donné sa très vaste répartition, la variabilité potentielle de ses composés chimiques nécessite l’attention des chercheurs.

Références principales

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Autres références

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Sources de l'illustration

  • Radcliffe-Smith, A., 1986. Euphorbiaceae. In: Nasir, E. & Ali, S.I. (Editors). Flora of Pakistan No 172. National Herbarium, Pakistan Agricultural Research Council, Islamabad and Department of Botany, University of Karachi, Pakistan. 170 pp.

Auteur(s)

  • P. Oudhia, SOPAM, 28-A, Geeta Nagar, Raipur, 492001, C.G., India

Citation correcte de cet article

Oudhia, P., 2008. Phyllanthus fraternus G.L.Webster. In: Schmelzer, G.H. & Gurib-Fakim, A. (Editors). PROTA (Plant Resources of Tropical Africa / Ressources végétales de l’Afrique tropicale), Wageningen, Netherlands. Consulté le 17 septembre 2026.


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