Thilachium africanum (PROTA)
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Introduction |
Thilachium africanum Lour.
- Protologue : Fl. cochinch. : 342 (1790).
- Famille : Capparaceae
Noms vernaculaires
- Cucumber bush (En).
- Mdudu, mtunguru (Sw).
Origine et répartition géographique
Thilachium africanum se rencontre depuis le Kenya jusqu’au nord de l’Afrique du Sud et au Swaziland.
Usages
Plusieurs parties de la plante sont utilisées en médecine traditionnelle. La pâte préparée à partir de la poudre ou des copeaux de racine s’applique pour soigner les maux de tête et les morsures de serpent. La décoction de racine se prend contre les maux d’estomac, les douleurs abdominales et les abcès, ainsi que comme aphrodisiaque. Au Kenya, l’infusion de racine sert à traiter la diarrhée et la tuberculose. La décoction d’écorce est absorbée pour traiter les douleurs et les morsures de serpent, ainsi que comme émétique ; la décoction de feuilles sert aux mêmes usages, mais en plus contre le paludisme.
En Tanzanie, les racines tubérisées sont consommées en période de disette. Cependant, elles doivent être préparées avec beaucoup de soin afin d’enlever leurs composés toxiques. Elles sont épluchées puis cuites en jetant l’eau de cuisson plusieurs fois, ou bien elles sont épluchées et trempées dans l’eau pendant environ une semaine, puis lavées, séchées au soleil et pilées en une farine qui se consomme en bouillie avec des légumes. Les fruits sont comestibles et principalement consommés par les enfants. Le bois s’utilise pour faire des cuillères et des manches d’outil, et comme bois de feu. Thilachium africanum est parfois planté comme arbre d’ombrage ornemental, et son feuillage est brouté par le bétail. Les fleurs sont visitées par les abeilles.
Propriétés
Le criblage phytochimique préliminaire de l’extrait d’écorce a montré de fortes teneurs en alcaloïdes, saponines et tanins, et des teneurs modérées en hétérosides cardiaques et en flavonoïdes. On a isolé des alcaloïdes des feuilles, la L-stachydrine et l’hydroxy-3 stachydrine. Des composés ammoniums quaternaires ont été isolés également : la proline bétaïne, la 3-hydroxyproline bétaïne et le 3-hydroxy-1,1-diméthylpyrrolidinium. La proline bétaïne est aussi abondante dans les fruits d’agrumes et aurait une action osmoprotectrice pour les reins.
L’extrait de feuilles s’est avéré être cytotoxique pour les lignées cellulaires humaines de l’adénocarcinome du côlon et du carcinome de la peau à une concentration de 100 μg/ml, mais pas à 10 μg/ml. La fraction à l’acétate d’éthyle de l’extrait de feuilles a montré une activité modérée in vitro contre Plasmodium falciparum, avec une valeur CI50 de 14 μg/ml. L’extrait d’écorce avait une activité antibactérienne prononcée contre Staphylococcus aureus et Pseudomonas aeruginosa.
La teneur en protéines brutes du feuillage est d’environ 15,5% sur la base de la matière sèche.
Description
Arbuste ou petit arbre caducifolié atteignant 7 m de haut ; racines tubérisées ; surface de l’écorce fissurée, gris-brun ; rameaux glabres. Feuilles alternes, simples ou composées à 3 folioles ; stipules minuscules, rapidement caduques ; pétiole de 0,5–7 cm de long ; pétiolules jusqu’à 0,5 cm de long ; folioles elliptiques à ovales, obovales ou lancéolées, de 3–10 cm × 0, 5–5,5(–6,5) cm, cunéiformes à arrondies à la base, obtuses à l’apex mais munies d’une extrémité en forme de poil, bords entiers, coriaces, glabres, pennatinervées à 3–5 paires de nervures latérales. Inflorescence : grappe ombelliforme terminale ou axillaire, presque glabre. Fleurs bisexuées, régulières ; pédicelle jusqu’à 2,5 cm de long ; calice entier et clos à l’apex, d’environ 2 cm de long, glabre, verdâtre, se fendant ensuite transversalement, la partie supérieure restant souvent attachée d’un côté ; pétales absents ; étamines nombreuses, libres, jusqu’à 4,5 cm de long, ondulées, filets blancs ; ovaire supère, longuement stipité, cylindrique, 5–10-côtelé, 1-loculaire, stigmate sessile, capité. Fruit : baie cylindrique-oblongue, de 3–6 cm × 2–3 cm, à pédoncule d’environ 5 cm de long et ayant jusqu’à 12 côtes longitudinales distinctes, indéhiscente, contenant de nombreuses graines. Graines globuleuses légèrement comprimées, d’environ 8 mm de diamètre, verruqueuses, brun pâle.
Autres données botaniques
Le genre Thilachium comprend environ 15 espèces et se rencontre en Afrique continentale et à Madagascar avec 7 et 8 espèces respectivement. Il est très proche du genre Maerua, mais est apparenté également à Boscia et Ritchiea. Dans la littérature, son nom a été orthographié aussi comme Thylachium et Thylacium.
Thilachium thomasii Gilg est un arbuste atteignant 4 m de haut, cantonné au sud de la Somalie, au Kenya et au nord de la Tanzanie. Il sert probablement aux mêmes usages médicinaux que Thilachium africanum, et ses racines tubérisées se préparent de la même façon pour servir d’aliment en période de disette.
A Madagascar, l’infusion de plusieurs Thilachium spp. serait stimulante et aphrodisiaque : Thilachium angustifolium Bojer, Thilachium monophyllum Hadj-Moust., Thilachium panduriforme (Lam.) Juss., Thilachium pouponii Aubrév. & Pellegr., Thilachium seyrigii Hadj-Moust. et Thilachium sumangui Bojer. En outre, l’infusion de feuilles de Thilachium seyrigii se prend pour soigner la diarrhée et les douleurs abdominales. Les racines broyées de Thilachium sumangui servent à traiter l’anthrax, et la décoction de feuilles à soigner les maux de tête et les saignements de nez. Les fruits de Thilachium pouponii et peut-être de quelques autres espèces sont comestibles.
Croissance et développement
En Afrique australe, Thilachium africanum fleurit en août–octobre. Les fruits mûrissent environ 3 mois après la floraison.
Ecologie
Thilachium africanum se rencontre en forêt décidue, en forêt claire, en végétation arbustive, en savane herbeuse à arbres disséminés et dans les champs agricoles abandonnés, parfois sur des termitières, jusqu’à 1600 m d’altitude.
Multiplication et plantation
Thilachium africanum se multiplie aisément par graines, mais aussi par bouturage.
Récolte
Les racines sont collectées normalement pendant la saison des pluies à partir de plantes sauvages.
Traitement après récolte
La farine issue des racines tubérisées peut se stocker pendant plusieurs mois.
Ressources génétiques
Thilachium africanum est assez répandu et a une large adaptation écologique, et il ne semble donc pas menacé.
Perspectives
La phytochimie et les activités pharmacologiques justifient davantage de recherches étant donné les usages de Thilachium africanum en médecine traditionnelle, qui suggèrent des activités antimicrobiennes et antalgiques. Le criblage préliminaire a montré des résultats prometteurs en ce qui concerne ses propriétés antibactériennes. Des recherches sur les composés chimiques présents dans la racine s’imposent en vue de son usage comme aliment, de préférence en lien avec les méthodes de préparation de la nourriture. On recommande aussi des recherches phytochimiques sur les fruits car ils semblent aussi être consommés de temps en temps.
Références principales
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Autres références
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Auteur(s)
- R.H.M.J. Lemmens, PROTA Network Office Europe, Wageningen University, P.O. Box 341, 6700 AH Wageningen, Netherlands
Citation correcte de cet article
Lemmens, R.H.M.J., 2013. Thilachium africanum Lour. In: Schmelzer, G.H. & Gurib-Fakim, A. (Editeurs). Prota 11(2): Medicinal plants/Plantes médicinales 2. PROTA, Wageningen, Pays Bas. Consulté le 21 avril 2026.
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