Euphorbia ingens (PROTA)
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Introduction |
| Importance générale | |
| Répartition en Afrique | |
| Répartition mondiale | |
| Médicinal | |
| Bois d'œuvre | |
| Ornemental | |
| Changement climatique | |
| Statut de conservation | |
Euphorbia ingens E.Mey. ex Boiss.
- Protologue: A.DC., Prodr. 15(2) : 87 (1862).
- Famille: Euphorbiaceae
- Nombre de chromosomes: 2n = 40
Synonymes
- Euphorbia similis A.Berger (1907).
Noms vernaculaires
- Candelabra tree, common tree euphorbia (En).
Origine et répartition géographique
Euphorbia ingens se rencontre depuis la bande de Caprivi (Namibie), la Zambie et le Botswana jusqu’au Mozambique et vers le sud jusque dans l’est de l’Afrique du Sud et au Swaziland.
Usages
Le latex, très toxique, provoque une irritation intense et des cloques sur la peau et les muqueuses. Si le latex entre en contact avec les yeux, il peut rendre temporairement, voire définitivement aveugle. En médecine, le latex se prend en très petites quantités, souvent sur du sucre, comme purge radicale et pour traiter la dépendance à l’alcool. Les racines en poudre ou quelques gouttes de latex dans de la bouillie s’ingèrent pour traiter la bronchite. Au Zimbabwe, on mastique les tiges de Brachystegia spiciformis Benth. et on trempe les fibres de tige dans le latex d’Euphorbia ingens ; ces fibres sont ensuite séchées et brûlées et on inhale la fumée pour traiter l’asthme et la bronchite. En Afrique du Sud, les Vendas utilisent le latex pour traiter les ulcères chroniques, les verrues et le cancer. Il a été fait état de plusieurs cas de surdoses, à l’origine de vomissements, de violentes douleurs abdominales et de purge excessive, voire de décès.
Au Zimbabwe et en Afrique du Sud, on jette à l’eau un bouquet d’herbes trempées dans le latex comme poison pour la pêche.
Le bois, léger et résistant, sert à fabriquer des embarcations, des planches et des portes. On inflige une brûlure légère au tronc avant de le couper pour empêcher le latex toxique de gicler. Les fleurs d’Euphorbia ingens et de plusieurs autres Euphorbia spp. ayant la taille d’un arbre produisent un nectar abondant, mais le miel, connu sous le nom de “noors honey” provoque une sensation de brûlure dans la bouche qui s’intensifie lorsque l’on boit de l’eau. Euphorbia ingens est planté comme ornemental dans les jardins de plantes succulentes ou de rocaille d’Afrique du Sud et des Etats-Unis.
Propriétés
Le latex et les racines d’Euphorbia ingens contiennent de l’ingénol, ester diterpène tétracyclique du type ingénane, basé sur l’alcool apparenté 16-hydroxyingénol, et plusieurs dérivés. L’ingénol et ses dérivés manifestent une activité promotrice de tumeurs, mais aussi une activité anti-VIH et antileucémique. La recherche est surtout orientée vers la synthèse et l’évaluation biologique d’analogues de l’ingénol et de ses dérivés. Les esters d’ingénol irritants du latex ont une ID50 de 0,004–0,02 μg dans l’essai de sensibilisation sur l’oreille de souris.
Un extrait de rameaux écrasés dans de l’eau a été administré à des poulets, soit avant soit pendant les épidémies de la maladie de Newcastle. Le taux de réduction de la mortalité est passé de 38% pour les poulets qui avaient reçu l’extrait pendant l’épidémie à titre thérapeutique, à 100% pour ceux qui en avaient reçu à titre prophylactique.
Le latex a été utilisé à des concentrations diverses lors d’essais de mortalité sur plusieurs animaux aquatiques. Il s’est révélé être un efficace poison pour la pêche, mais de courte durée. En 12 heures, tous les poissons et la moitié des grenouilles étaient morts ; quant aux crabes et aux escargots, ils semblaient n’avoir subi aucun effet nocif. Le poison s’est dégradé jusqu’à devenir inoffensif pour les poissons en 48 heures.
Description
Petit arbre monoïque, succulent, atteignant 12(–15) m de haut, à latex abondant ; fût trapu ; écorce grise, grossièrement fissurée ; branches persistantes dès environ 3 m de haut, presque érigées, se ramifiant une seconde fois, formant une grande cime largement arrondie ; branches terminales succulentes, de 6–12 cm de diamètre, étranglées à intervalles irréguliers en segments oblongs de 10–15 cm de long, quadrangulaires, à ailes atteignant 3 cm de large, bord des angles droit à ondulé, à tubercules superficiels espacés de 1–2 cm ; boucliers d’épines en triangle obtus, d’environ 6 mm × 5 mm, devenant vite liégeux, à 2 paires d’épines, 1 paire trapue d’environ 5 mm de long, 1 paire (stipulaire) triangulaire d’environ 1,5 mm de long, souple, tombant rapidement. Feuilles à l’extrémité des rameaux, sur 4 rangs, sessiles ; stipules se transformant en petites épines ; limbe obovale, d’environ 3 mm × 3 mm, tombant rapidement, chez les jeunes plantes atteignant 8 cm × 2 cm. Inflorescence : cymes axillaires, par groupes de 1–3 massées à l’extrémité des branches, constituées de groupes de fleurs appelés “cyathes”, pédoncule de 8–20 mm de long, ramifications 2, d’environ 5 mm de long ; bractées 2, d’environ 5 mm de long ; cyathes d’environ 5 mm × 10 mm, à involucre en coupe, lobes d’environ 2,5 mm de long, glandes 5, transversalement elliptiques, d’environ 2 mm × 4 mm, jaune doré, chaque involucre contenant 1 fleur femelle entourée de nombreuses fleurs mâles. Fleurs unisexuées ; fleurs mâles sessiles, périanthe absent, étamine d’environ 5,5 mm de long ; fleurs femelles à pédicelle d’environ 5 mm de long chez le fruit, périanthe irrégulièrement 3-lobé, lobes filiformes, de 2–4 mm de long, ovaire supère, glabre, 3-loculaire, styles 3, de 3–3,5 mm de long, soudés à la base, apex bifide. Fruit : capsule 3-lobée à lobes obtus, d’environ 7 mm × 10 mm, succulente, verte virant au rouge, se durcissant avant la déhiscence, à 3 graines. Graines presque globuleuses, d’environ 4 mm × 3 mm, brun grisâtre moucheté de brun pâle, lisses.
Les fleurs d’Euphorbia ingens sont pollinisées par les papillons, les abeilles et d’autres insectes, et les graines sont disséminées par les oiseaux, qui se nourrissent des fruits. Les oiseaux aiment également faire leur nid dans ces arbres ; les espèces qui nichent dans des trous comme les pics utilisent fréquemment les tronçons morts.
Autres données botaniques
Le genre Euphorbia comprend environ 2000 espèces et est présent dans le monde entier, avec au moins 750 espèces sur le continent africain et environ 150 espèces à Madagascar et sur les îles de l’océan Indien. Euphorbia ingens appartient à la section Euphorbia, vaste groupe caractérisé par des tiges succulentes et souvent anguleuses, des stipules modifiées en petites épines (ou absentes), un bouclier d’épines comportant une paire supplémentaire d’épines (parfois soudées en une seule épine), des inflorescences axillaires et des graines sans caroncule. Euphorbia ingens ressemble beaucoup à Euphorbia candelabrum Trémaux ex Kotschy, espèce de l’est et du nord-est de l’Afrique, et il est possible qu’il lui soit conspécifique. Les branches des arbres d’Afrique australe sont généralement plus nettement segmentées en segments courts, les dents des tubercules bordant les angles sont habituellement plus espacées, et les extrémités des branches ont moins de fleurs.
Euphorbia conspicua
Euphorbia conspicua N.E.Br. est un petit arbre atteignant 15 m de haut, endémique de l’ouest de l’Angola ; il ressemble aussi beaucoup à Euphorbia candelabrum. Le latex se prend comme purgatif pour traiter la constipation, ainsi que pour soigner la mastite, l’épilepsie, la toux et la tuberculose.
Ecologie
Euphorbia ingens est présent dans les savanes sèches arborées et les savanes à mopane, souvent sur les affleurements rocheux, depuis le niveau de la mer jusqu’à 1600 m d’altitude. Il peut survivre dans les régions qui connaissent de longues périodes de sécheresse ou qui sont généralement très arides.
Gestion
Comme ornemental, Euphorbia ingens est une plante succulente très résistante qui n’a besoin que de peu, voire d’aucun entretien. Il pousse mieux en plein soleil.
Ressources génétiques
Euphorbia ingens est relativement commun sur son aire de répartition ; les petits arbres ne sont broutés que par les rhinocéros, et il n’est donc pas menacé d’érosion génétique. Toutes les Euphorbia spp. succulentes sont inscrites à l’annexe 2 de la CITES.
Perspectives
Le latex d’Euphorbia ingens est extrêmement toxique et son usage en médecine impose la plus grande prudence. Il n’a donné lieu qu’à quelques analyses chimiques et pratiquement à aucune analyse pharmacologique. L’ingénol et les dérivés que contient le latex justifient un approfondissement des recherches.
Références principales
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Autres références
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- van Wyk, B.E. & Gericke, N., 2000. People’s plants: a guide to useful plants of southern Africa. Briza Publications, Pretoria, South Africa. 351 pp.
Auteur(s)
- G.H. Schmelzer, PROTA Network Office Europe, Wageningen University, P.O. Box 341, 6700 AH Wageningen, Netherlands
Citation correcte de cet article
Schmelzer, G.H., 2008. Euphorbia ingens E.Mey. ex Boiss. In: Schmelzer, G.H. & Gurib-Fakim, A. (Editors). PROTA (Plant Resources of Tropical Africa / Ressources végétales de l’Afrique tropicale), Wageningen, Netherlands. Consulté le 22 avril 2026.
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