Gilbertiodendron dewevrei (PROTA)
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Introduction |
| Importance générale | |
| Répartition en Afrique | |
| Répartition mondiale | |
| Céréale / légume sec | |
| Médicinal | |
| Bois d'œuvre | |
| Bois de feu | |
| Fibre | |
| Sécurité alimentaire | |











Gilbertiodendron dewevrei (De Wild.) J.Léonard
- Protologue: Bull. Jard. Bot. Etat 22: 190 (1952).
- Famille: Caesalpiniaceae (Leguminosae - Caesalpinioideae)
- Nombre de chromosomes: n = 12
Synonymes
- Macrolobium dewevrei De Wild. (1904).
Noms vernaculaires
- Limbali (Fr).
Origine et répartition géographique
L’aire de répartition de Gilbertiodendron dewevrei s’étend du Nigeria jusqu’à la R.D. du Congo et au nord de l’Angola.
Usages
Le bois, commercialisé sous le nom de “limbali”, convient parfaitement pour la parqueterie, la menuiserie, les escaliers, les huisseries, les portes et les tabliers de ponts. Il sert également pour la construction lourde, notamment les ouvrages hydrauliques, les boiseries intérieures, les étais de mines, la construction navale, la charronnerie, le mobilier de jardin, les traverses de chemin de fer, les jouets et les articles de fantaisie, les outils agricoles, les égouttoirs et le tournage. Le bois n’ayant pas de qualités esthétiques particulières, il ne se prête ni à l’ébénisterie ni à la confection de belles menuiseries. S’il est considéré comme inadapté comme bois de feu, il est en revanche très convoité pour la production de charbon de bois.
En R.D. du Congo, l’écorce interne sert à réaliser des liens et à confectionner des bandes pour porter les paniers, alors que les cylindres d’écorce servent parfois de récipients à miel. Les feuilles sont utilisées pour la confection de toitures et de murs d’habitations. Dans le nord-est de la R.D. du Congo, les maisons étaient traditionnellement construites en matériel végétal de Gilbertiodendron dewevrei et en argile uniquement : des poteaux pour l’ossature de la maison, de petites branches en guise de cloisons, de la corde issue de l’écorce des jeunes arbres comme matériau de ligature, enfin des feuilles en revêtement de toiture.
Bien que l’on ait signalé que l’extraction des composés toxiques des graines nécessitait un certain temps, celles-ci sont consommées, grillées ou cuites, en période de disette en Afrique centrale, ou bien cuites et moulues puis transformées en bouillie. Les graines fermentées sont moulues, enveloppées dans des feuilles de Megaphrynium macrostachyum (Benth.) Milne-Redh. et grillées. De même, les pygmées Bakas du Cameroun consomment les graines, après les avoir fait cuire et en avoir retiré le tégument.
En médecine traditionnelle au Congo, on prescrit l’écorce réduite en poudre dans le traitement de la dysenterie et on en saupoudre les plaies, on utilise les feuilles contre la stérilité et l’asthme et pour favoriser l’accouchement, tandis que l’on fait pénétrer la cendre de feuille dans des scarifications en cas de douleurs aux genoux. En R.D. du Congo, le jus de la tige est appliqué sur les panaris, la décoction d’écorce se boit dans le traitement de la gastrite et de la blennorragie, le jus extrait de l’écorce mélangé à celui de Tephrosia vogelii Hook.f. est employé contre l’otite, et on applique des copeaux d’écorce séchée et pilée sur les brûlures.
Production et commerce international
Le bois de “limbali” était régulièrement exporté par la R.D. du Congo en Belgique avant la Seconde Guerre mondiale, puis très peu par la suite. De nos jours, son exploitation commerciale est dérisoire et fluctue d’une année sur l’autre. Les exportations camerounaises de grumes de “limbali” s’élevaient à 50 m³ en 2000, 1770 m³ en 2006, 2380 m³ en 2007 et 260 m³ en 2008. Le Cameroun a exporté 140 m³ de sciages en 2004 et 80 m³ en 2006. Le Congo a exporté 345 m³ de produits finis en “limbali” et 15 m³ de grumes en 2004, et 30 m³ de grumes et 17 m³ de sciages en 2006.
Propriétés
Le bois de cœur, brun pâle à brun rougeâtre foncé, fonce à l’exposition et se distingue nettement de l’aubier, grisâtre ou jaunâtre et de 5–10 cm de large. Le fil est droit ou ondulé, parfois contrefil, le grain est moyen à grossier. Des canaux à gomme apparaissent parfois. Les surfaces sciées sur quartier sont légèrement mouchetées, veinées de stries alternativement brun pâle et brun foncé.
C’est un bois moyennement lourd à lourd, avec une densité de 730–910 kg/m³ à 12% d’humidité. Il sèche à l’air lentement, avec une tendance aux fentes. Le séchage en séchoir doit être réalisé avec soin afin d’éviter les déformations et les gerces. Il faut compter environ 12 jours pour sécher au four des planches de 2,5 cm d’épaisseur jusqu’à 12% d’humidité. Les taux de retrait sont modérés à élevés, de l’état vert à anhydre ils sont de 3,2–6,4% dans le sens radial et de 7,4–11,1% dans le sens tangentiel. Une fois sec, le bois est modérément stable à instable en service.
A 12% d’humidité, le module de rupture est de 102–189 N/mm², le module d’élasticité de 13 300–19 300 N/mm², la compression axiale de 54–76 N/mm², le cisaillement de 8,5–12 N/mm², le fendage de 16,5–20,5 N/mm, la dureté Janka de flanc de 6670 N, la dureté Janka en bout de 6490 N et la dureté de flanc Chalais-Meudon de 4,4–6,0.
Le bois frais se scie assez facilement mais lentement. Etant donné qu’il lui arrive de désaffûter gravement les lames de scies, il faut en employer à dents stellitées. Il se travaille assez bien, mais a tendance à émousser les lames de coupe. Il se moulure et se rabote aisément. Il tient bien les clous et les vis, mais il est tout de même recommandé de faire des avant-trous pour éviter les fentes. Le bois se peint, se vernit et se colle bien. Il n’est pas adapté au déroulage. Il est durable, car il est modérément résistant à résistant aux attaques fongiques, modérément résistant aux termites et résistant aux térébrants marins. L’aubier peut être attaqué par les Lyctus. Le bois de cœur est rebelle à l’imprégnation avec des produits de conservation, l’aubier est en revanche plus perméable.
Le bois contient 38–42,5% de cellulose, 34,5–36,5% de lignine, 14,5–15,5% de pentosanes, 0,8–1,6% de cendres et 0,03–0,04% de silice. La solubilité est de 0,6–7,1% dans l’alcool-benzène, 1,3–2,3% dans l’eau chaude et 13,6–17,2% dans une solution de NaOH à 1%.
Par 100 g de partie comestible, les graines originaires de la R.D. du Congo contiennent : eau 9,4 g, énergie 1478 kJ (353 kcal), protéines 4,8 g, lipides 0,6 g, glucides 82,3 g, fibres 1,5 g, cendres 1,5 g.
Falsifications et succédanés
On confond parfois d’autres Gilbertiodendron spp. avec Gilbertiodendron dewevrei, comme par exemple Gilbertiodendron brachystegioides (Harms) J.Léonard, Gilbertiodendron ogoouense (Pellegr.) J.Léonard et Gilbertiodendron preussii (Harms) J.Léonard, tous étant vendus sous l’appellation “limbali”.
Description
- Arbre de grande taille atteignant 45 m de haut, sempervirent ; fût dépourvu de branches sur une hauteur de 22 m, droit, cylindrique, jusqu’à 200(–300) cm de diamètre, dépourvu de contreforts ; surface de l’écorce gris-brun à brun jaunâtre, rugueuse, se desquamant en grandes écailles irrégulières, à lenticelles brunes, écorce interne épaisse, fibreuse, dure, rouge-brun ; cime dense.
- Feuilles alternes, retombantes, composées paripennées à (2–)3(–5) paires de folioles ; stipules ovales-lancéolées, soudées, de 2–8 cm × 1,5–4 cm, pourvues de 2 appendices réniformes jusqu’à 2,5 cm de long, plus ou moins persistantes ; pétiole épais, de 0,5–1 cm de long, rachis de 2–25 cm de long, étroitement sillonné au-dessus, à pubescence courte ; pétiolules épais, de 1–16 mm de long ; folioles opposées, oblongues à oblancéolées ou elliptiques, légèrement obliques, de 9–50 cm × 3–20 cm, folioles basales habituellement plus petites que les terminales, arrondies à cordées à la base, asymétriques, obtuses à acuminées à l’apex, coriaces, normalement glabres, souvent pourvues de 2–4 petites glandes à proximité du bord, face inférieure densément papilleuse, pennatinervée à 14–25 paires de nervures latérales.
- Inflorescence : panicule terminale ou axillaire lâche, de 8–25 cm de long, à pubescence rougeâtre.
- Fleurs bisexuées, zygomorphes, 5-mères, parfumées ; pédicelle de 2–4 cm de long ; bractéoles 2, ovales à elliptiques, de 1–2 cm de long ; sépales ovales-lancéolés à étroitement triangulaires, de 5–8 mm de long, rouge pourpre, soudés à la base ; pétales inégaux, 1 ovale, de 1,5–3 cm × 2,5–3 cm, profondément 2-lobé, lie de vin, les autres pétales linéaires-lancéolés, de 6–8 mm × 1–1,5 mm ; étamines fertiles 3, de 1,5–2,5 cm de long, étamines rudimentaires 6, de 0,5–2 mm de long ; ovaire supère, 1-loculaire, style de 2–3 cm de long.
- Fruit : gousse obliquement oblongue à oblongue-obovoïde, aplatie, de 15–30 cm × 6–10 cm, à crête longitudinale distincte et à nombreuses nervures transversales, brunâtre, densément recouverte de poils courts de couleur brune, déhiscente par 2 valves ligneuses, contenant 4–6 graines.
- Graines orbiculaires à oblongues ou légèrement triangulaires, aplaties, de 4–5 cm de diamètre, d’un brun brillant.
- Plantule à germination épigée ; hypocotyle de 7–20 cm de long, épicotyle de 14–24 cm de long ; 2 premières feuilles opposées, à 2 folioles de grande taille et 2 folioles minuscules.
Autres données botaniques
Le genre Gilbertiodendron comprend environ 25 espèces, limitées à l’Afrique tropicale, qui s’étendent de la Guinée à la R.D. du Congo et à l’Angola. Il faisait jadis partie du genre Macrolobium, qui est désormais constitué d’espèces d’Amérique tropicale uniquement ; il est proche de Pellegriniodendron, que l’on considère même comme congénérique.
Le bois de plusieurs autres espèces de Gilbertiodendron originaires d’Afrique centrale est parfois vendu sous la dénomination “limbali”.
Gilbertiodendron brachystegioides
Gilbertiodendron brachystegioides (Harms) J.Léonard est un arbre d’assez grande taille atteignant 35(–40) m de haut, à fût droit dépourvu de branches sur 20 m et qui mesure jusqu’à 80 cm de diamètre, dont l’aire s’étend au Cameroun, en Guinée équatoriale et au Gabon. Son bois, parfois vendu comme “limbali” en dépit de l’odeur fétide qu’il dégage à la coupe, est moyennement lourd, avec une densité d’environ 710 kg/m³ à 12% d’humidité.
Gilbertiodendron grandiflorum
Gilbertiodendron grandiflorum (De Wild.) J.Léonard est un arbre de petite taille atteignant 15(–25) m de haut, dont l’aire s’étend au Nigeria, au Cameroun, au Gabon et en R.D. du Congo. En R.D. du Congo, le bois est prisé pour la confection d’ouvrages d’ébénisterie haut de gamme. Il convient également pour les poteaux, les pilotis, la parqueterie, la menuiserie, les étais de mines, la construction navale, la charronnerie, les traverses de chemin de fer, les instruments agricoles et les manches. Gilbertiodendron grandiflorum est planté comme arbre d’ombrage. Le bois a une densité de 640–820 kg/m³ à 12% d’humidité.
Gilbertiodendron grandistipulatum
Gilbertiodendron grandistipulatum (De Wild.) J.Léonard est un arbre de taille moyenne atteignant 30 m de haut, à fût jusqu’à 80 cm de diamètre, dont l’aire s’étend au Gabon et en R.D. du Congo. Son bois ressemble beaucoup à celui de Gilbertiodendron dewevrei et sa densité est d’environ 840 kg/m³ à 12% d’humidité.
Gilbertiodendron mayombense
Gilbertiodendron mayombense (Pellegr.) J.Léonard est un arbre de taille petite à moyenne atteignant 20 m de haut, à fût jusqu’à 65 cm de diamètre, dont l’aire s’étend du Nigeria jusqu’à la R.D. du Congo et à Cabinda (Angola). Son bois est réputé adapté à la construction, à la parqueterie, à la menuiserie, aux étais de mines, à la construction navale, à la charronnerie, au mobilier, aux traverses de chemin de fer et aux outils agricoles. Il a une densité d’environ 770 kg/m³ à 12% d’humidité.
Gilbertiodendron ogoouense
Gilbertiodendron ogoouense (Pellegr.) J.Léonard est un arbre de taille moyenne à assez grande atteignant 35 m de haut, à fût cylindrique dépourvu de branches sur 19 m et mesurant 200 cm de diamètre, dont l’aire s’étend au Cameroun, en Guinée équatoriale, au Gabon, en R.D. du Congo et à Cabinda (Angola). Son bois se prête à la menuiserie et à la confection de traverses de chemin de fer.
Anatomie
Description anatomique du bois (codes IAWA pour les bois feuillus) :
- Cernes de croissance : 1 : limites de cernes distinctes.
- Vaisseaux : 5 : bois à pores disséminés ; 13 : perforations simples ; 22 : ponctuations intervasculaires en quinconce ; 23 : ponctuations alternes (en quinconce) de forme polygonale ; 24 : ponctuations intervasculaires minuscules (très fines) (≤ 4μm) ; 25 : ponctuations intervasculaires fines (4–7 μm) ; (26 : ponctuations intervasculaires moyennes (7–10 μm)) ; 29 : ponctuations ornées ; 30 : ponctuations radiovasculaires avec des aréoles distinctes ; semblables aux ponctuations intervasculaires en forme et en taille dans toute la cellule du rayon ; 43 : diamètre tangentiel moyen du lumen des vaisseaux ≥ 200 μm ; 46 : ≤ 5 vaisseaux par millimètre carré ; (47 : 5–20 vaisseaux par millimètre carré) ; 58 : gomme ou autres dépôts dans les vaisseaux du bois de cœur.
- Trachéides et fibres : 61 : fibres avec des ponctuations simples ou finement (étroitement) aréolées ; 66 : présence de fibres non cloisonnées ; 69 : fibres à parois fines à épaisses.
- Parenchyme axial : 79 : parenchyme axial circumvasculaire (en manchon) ; 80 : parenchyme axial circumvasculaire étiré ; 81 : parenchyme axial en losange ; 83 : parenchyme axial anastomosé ; (89 : parenchyme axial en bandes marginales ou semblant marginales) ; 91 : deux cellules par file verticale ; 92 : quatre (3–4) cellules par file verticale.
- Rayons : (96 : rayons exclusivement unisériés) ; 97 : rayons 1–3-sériés (larges de 1–3 cellules) ; 106 : rayons composés de cellules couchées avec une rangée terminale de cellules dressées et/ou carrées ; 115 : 4–12 rayons par mm ; (116 : ≥ 12 rayons par mm).
- Inclusions minérales : 136 : présence de cristaux prismatiques ; 142 : cristaux prismatiques dans les cellules cloisonnées du parenchyme axial.
Croissance et développement
La germination est rapide et se produit normalement dans les 5–7 jours qui suivent la dissémination des graines. La régénération est abondante à l’ombre, les semis tolérant un ombrage dense pendant longtemps. Les racines sont colonisées par des ectomycorhizes et par des endomycorhizes vésiculaires-arbusculaires. Chez les gaules, la proportion de racines colonisées par les ectomycorhizes augmente avec l’âge. La colonisation rapide des racines par les ectomycorhizes procure un avantage aux jeunes plants par rapport aux espèces qui ne sont pas colonisées ou qui le sont plus lentement. En peuplements denses et non perturbés, les racines ne nodulent pas avec Rhizobium, alors que l’on peut trouver des nodules racinaires en forêt perturbée.
L’augmentation annuelle moyenne du diamètre de la tige est de 5,3 mm. Des observations effectuées sur 10 individus originaires du Gabon et du Congo ont mis en lumière des accroissements annuels du diamètre de la tige de l’ordre de 2,6–11,4 mm.
Les jeunes feuilles sont rouges et se forment tout au long de l’année. Au Nigeria et au Cameroun, la floraison a lieu en janvier–avril, la fructification en (juillet–)août–septembre(–octobre). La floraison n’est pas toujours annuelle, et un grand nombre de fleurs tombe sans former de fruits. Quoi qu’il en soit, la fructification est habituellement abondante, et la production abondante de semences se fait tous les 2–4 ans. La dispersion des graines est balistique ; elles sont éjectées hors du fruit lors de son ouverture explosive.
Ecologie
On trouve Gilbertiodendron dewevrei au-dessous de 1000 m d’altitude, dans des zones où la pluviométrie annuelle moyenne est de l’ordre de 1600–1900 mm et où la saison sèche dure 2 mois environ. Il pousse de façon grégaire dans les dépressions humides, les vallées alluviales et le long des rivières, mais fréquemment aussi en altitude (plateaux, sommets des collines). Sur les sols sablonneux profonds et bien drainés, il développe une racine pivotante qui s’enfonce profondément. En revanche, la formation de la racine pivotante s’avérant difficile sur les sols pierreux, celle de racines latérales devient prépondérante.
Gilbertiodendron dewevrei peut former d’immenses peuplements presque purs qui couvrent parfois plus de 10 000 ha. Dans ces forêts monodominantes, Gilbertiodendron dewevrei couvre 75–88% de la surface terrière. C’est au nord et au nord-est du Bassin du Congo, en R.D. du Congo, que l’on trouve les peuplements les plus étendus, aux endroits où ces forêts sont considérées comme la végétation climacique. En R.D. du Congo, ces peuplements se composent normalement de 3 strates : une strate supérieure arborée continue d’environ 35 m de haut, formée presque exclusivement de Gilbertiodendron dewevrei, au milieu de laquelle apparaît par endroits la cime d’une autre essence héliophile de grande taille (par ex. Anthonotha fragrans (Baker f.) Exell & Hillc., Dialium corbisieri Staner, Irvingia wombolu Vermoesen, Prioria oxyphylla (Harms) Breteler et Staudtia kamerunensis Warb.) ; ensuite, une strate intermédiaire peu dense, principalement composée de jeunes Gilbertiodendron dewevrei mélangés à quelques rares semi-héliophytes (comme Diogoa zenkeri (Engl.) Exell & Mendonça, Garcinia punctata Oliv. et Synsepalum subcordatum De Wild.) et à des arbustes (par ex. Alchornea floribunda Müll.Arg. et Isolona thonneri (De Wild. & T.Durand) Engl. & Diels) ; enfin, une strate herbacée discontinue à Marantaceae et à Commelinaceae.
Dans certaines régions, la forêt monodominante à Gilbertiodendron dewevrei semble gagner du terrain sur les forêts hétérogènes. Ailleurs, comme au Cameroun, elle semble reculer, car elle est peu à peu envahie par des espèces provenant de la forêt semi-décidue environnante, soit sous l’influence du recul de la nappe phréatique soit sous l’effet des activités humaines. Les forêts monodominantes à Gilbertiodendron dewevrei sont très sensibles aux défrichages forestiers effectués dans le cadre de la culture itinérante, qui permettent la pénétration dans la forêt d’espèces secondaires et caducifoliées. Si les défrichements forestiers sont trop importants et trop fréquents, les forêts monodominantes pourraient se transformer en forêts semi-décidues ou en savanes dégradées au bout de seulement 4–6 ans de culture. Près des limites nord et sud de son aire de répartition, Gilbertiodendron dewevrei ne forme pas de peuplements aussi étendus que dans la partie nord du Bassin du Congo, mais persiste au bord des rivières. Lorsque Gilbertiodendron dewevrei est présent dans la forêt hétérogène, on ne trouve jamais de sujets isolés mais toujours des groupes d’arbres.
Multiplication et plantation
Gilbertiodendron dewevrei se régénère abondamment en conditions naturelles. Pour la plantation, les graines doivent être semées immédiatement après la récolte. Le poids de 1000 graines est de 18–26 kg. Les semis peuvent être repiqués au bout de 9–12 mois passés en pépinière.
Gestion
En forêt naturelle, la suppression de la strate herbacée permet aux semis de Gilbertiodendron dewevrei de prendre racine encore plus en abondance. Bien qu’il s’agisse normalement d’une essence d’ombre, une lumière modérée est bénéfique à la croissance des semis, contrairement au plein soleil dont les effets sont néfastes. L’ouverture excessive de la canopée de peuplements denses à Gilbertiodendron dewevrei favorise la mise en place d’essences de lumière à croissance rapide qui s’accompagne souvent d’une croissance abondante de lianes, ce qui n’est pas souhaitable pour la mise en place de peuplements exploitables de Gilbertiodendron dewevrei.
Maladies et ravageurs
Les graines de Gilbertiodendron dewevrei qui sont tombées à terre sont souvent la proie des insectes, et plusieurs mammifères, tels que les antilopes, les cochons sauvages, les éléphants, les rongeurs et les primates, s’en nourrissent. Les champignons attaquent uniquement les graines qui sont déjà abîmées par les insectes. Les buffles de forêt et les bongos se nourrissent des semis, les éléphants déterrant parfois les gaules sur de grandes étendues pour manger la natte racinaire qui se compose de racines, de mycéliums fongiques et de feuilles en décomposition. Les primates se nourrissent des jeunes feuilles d’arbres adultes. Les jeunes feuilles des semis et des jeunes arbres (de moins de 2 m de haut) sont le plus susceptibles d’être endommagés. Si les spécimens adultes ne semblent pas avoir d’ennemis notoires, ils sont cependant parfois attaqués par le champignon Fomes lignosus.
Récolte
Le diamètre de fût minimal pour l’abattage est de 60 cm au Cameroun (2001) et en R.D. du Congo, de 70 cm au Gabon et de 90 cm en Centrafrique. Pour confectionner des bandeaux fronteaux permettant de porter les paniers, les Mbutis, un peuple pygmée de la R.D. du Congo, prélèvent des rubans d’écorce de 2 m de long et de 5–10 cm de large sur les jeunes arbres dont le diamètre de fût atteint 15–20 cm, puis en extraient l’écorce interne. L’extraction de lanières d’écorce sur les individus jeunes peut provoquer la pourriture du cœur.
Rendement
En R.D. du Congo, un arbre de 25 m de haut, au fût dépourvu de branches sur 10 m et dont le diamètre atteignait 90 cm, a produit un volume en bois de 5,5 m³. Dans la région Uele en R.D. du Congo, des peuplements denses dominés par Gilbertiodendron dewevrei comptaient en moyenne 419 arbres par ha dont le diamètre de fût dépassait les 10 cm, avec un volume total de 370 m³/ha, parmi lesquels 245 sujets de Gilbertiodendron dewevrei par ha avec un volume de 283 m³/ha.
Traitement après récolte
Les grumes de Gilbertiodendron dewevrei doivent être sciées tout de suite après l’abattage car elles ont tendance à se fendre. A cause de la densité élevée du bois fraîchement coupé, les grumes ne peuvent être transportées par flottage fluvial.
Ressources génétiques
Gilbertiodendron dewevrei n’est guère exploité pour son bois, et il est présent dans les zones protégées, parfois en peuplements importants. A l’heure actuelle, aucune menace sérieuse ne pèse sur Gilbertiodendron dewevrei, mais cela pourrait changer rapidement si son bois prend de la valeur, car les coupes à blanc d’immenses parcelles monospécifiques pourraient, à long terme, entraîner un déclin terrible des peuplements et une importante érosion génétique de l’espèce.
Sélection
On ne connaît l’existence d’aucun programme de plantation ou de sélection de Gilbertiodendron dewevrei.
Perspectives
La promotion du bois de Gilbertiodendron dewevrei par un certain nombre d’exploitants forestiers qui le cultivent sur leurs concessions, tant auprès de leurs clients que via Internet, pourrait à terme soulever la question de la durabilité de la ressource. Les peuplements en Gilbertiodendron dewevrei sont très sensibles à l’invasion par d’autres espèces lorsque le couvert forestier est trop ouvert. Il serait délétère pour la survie de ces peuplements de pratiquer des coupes à blanc ; il faut en revanche encourager la régulation de la taille des trouées créées par l’abattage afin d’éviter l’invasion d’espèces de lumière, et stimuler la régénération et la croissance optimale de Gilbertiodendron dewevrei. L’annellation avant l’abattage peut réduire les conséquences de la chute des arbres. Dans certaines zones rurales densément peuplées, les défrichements agricoles peuvent présenter un danger non négligeable car ils provoquent la dégradation des forêts monodominantes à Gilbertiodendron dewevrei, et la pénétration d’espèces pionnières. Des révolutions courtes et un désherbage intensif des cultures, tel qu’il est pratiqué au Cameroun, peuvent conduire à l’invasion de plantes herbacées, voire à la formation de la savane. Il serait donc judicieux de surveiller de près l’évolution des peuplements de Gilbertiodendron dewevrei afin d’éviter que ces dangers ne deviennent réalité. Il faut encore mener des recherches plus approfondies pour mettre en place une sylviculture adaptée à la situation.
Références principales
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Autres références
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Sources de l'illustration
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- Vivien, J. & Faure, J.J., 1985. Arbres des forêts denses d’Afrique Centrale. Agence de Coopération Culturelle et Technique, Paris, France. 565 pp.
Auteur(s)
- C. Doumenge, CIRAD, Campus International de Baillarguet TA-C-105/D, F-34398 Montpellier Cédex 5, France
Citation correcte de cet article
Doumenge, C., 2012. Gilbertiodendron dewevrei (De Wild.) J.Léonard. [Internet] Fiche de PROTA4U. Lemmens, R.H.M.J., Louppe, D. & Oteng-Amoako, A.A. (Editeurs). PROTA (Plant Resources of Tropical Africa / Ressources végétales de l’Afrique tropicale), Wageningen, Pays Bas. <http://www.prota4u.org/search.asp>.
Consulté le 23 avril 2026.
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