Gyrocarpus americanus (PROTA)

De Pl@ntUse
Aller à la navigation Aller à la recherche
Ressources végétales de l'Afrique tropicale
Introduction
Liste des espèces


Importance générale
Répartition en Afrique
Répartition mondiale
Huile essentielle / exsudat
Médicinal
Bois d'œuvre
Bois de feu


répartition en Afrique (sauvage)
feuillage
tronc
feuilles
inflorescence
fruits
fruits
jeune plant
coupe transversale du bois
coupe tangentielle du bois
coupe radiale du bois

Gyrocarpus americanus Jacq.


Protologue: Select. stirp. amer. hist. : 282 (1763).
Famille: Hernandiaceae
Nombre de chromosomes: 2n = 30

Synonymes

  • Gyrocarpus jacquinii Gaertn. (1791),
  • Gyrocarpus asiaticus Willd. (1806).

Noms vernaculaires

  • Propeller tree (En).
  • Mbamba-mweupe, mbawa, mbomba (Sw).

Origine et répartition géographique

Gyrocarpus americanus est extrêmement répandu, puisqu’il est présent en Amérique centrale et dans le nord de l’Amérique du Sud, dans les zones sèches d’Afrique tropicale, dans toute l’Asie tropicale, dans le nord de l’Australie, et sur des îles de l’océan Pacifique vers Tahiti. En Afrique tropicale, on le trouve de l’est du Sénégal, de la Guinée et du Mali jusqu’en Erythrée et au Kenya, et vers le sud jusqu’en Namibie et en Afrique du Sud ; on le rencontre également à l’ouest et au sud de Madagascar.

Usages

Les fûts de Gyrocarpus americanus servent traditionnellement à fabriquer des pirogues monoxyles. Le bois est utilisé pour la confection de lattes de toiture, pour les revêtements muraux, l’isolation, les jouets, le modelage et la sculpture. En Asie tropicale, on s’en sert aussi pour confectionner des sabots de bois, du mobilier léger, des caisses et des cageots, des plateaux et des flotteurs. Il convient pour les articles de sports, le tournage, les placages, le contreplaqué, les panneaux de fibres, les panneaux de particules et la pâte à papier. On s’en sert également de bois de feu.

L’infusion d’écorce se prend pour traiter le cancer et les douleurs rénales, tandis que la poudre de racine ou la décoction de racine s’applique sur les plaies. On prescrit aussi la décoction de racine en cas de diarrhée. Au Mali, les feuilles écrasées sont appliquées sur la gale. Au Bangladesh, les rameaux font office de brosses à dents. L’exsudat jaunâtre qui est sécrété par l’écorce remplace le caoutchouc.

Production et commerce international

Le bois n’est vendu que rarement et uniquement localement.

Propriétés

Le bois de cœur, blanc grisâtre à jaune pâle, parfois teinté de rose, fonce au brun grisâtre en séchant, et ne se distingue pas nettement de l’aubier. Le fil est droit, parfois légèrement contrefil, le grain est grossier mais régulier. Le bois est lustré, notamment lorsqu’il est scié sur quartier.

C’est un bois léger, avec une densité de 250–440 kg/m³, et tendre. Il sèche à l’air facilement. Les taux de retrait sont faibles, de l’état vert à anhydre ils sont de 1,6–3,5% dans le sens radial et de 4,2–6,4% dans le sens tangentiel. Une fois sec, il est assez stable en service. A 12% d’humidité, le module de rupture est de 39–96 N/mm², le module d’élasticité de 4510–10 750(–13 900) N/mm², la compression axiale de 19–33 N/mm² et la dureté de flanc Chalais-Meudon de 0,3–1,8.

Le bois se scie et se travaille facilement, tant à la main qu’à la machine, mais il est recommandé d’employer des outils bien affûtés car il a tendance à s’effriter. Lors de la finition, il peluche souvent. Il se cloue et se visse facilement, les caractéristiques de tenue de clous et de vis sont satisfaisantes. Il se colle et se colore correctement. Il n’est pas durable, car il est sujet aux attaques des termites, des scolytes, des Lyctus et des térébrants marins. Il est facile à imprégner avec des produits de conservation.

La présence d’alcaloïdes a été démontrée dans plusieurs parties de la plante. Parmi eux, la magnocuranine, qui a une action de blocage des ganglions. La gyrocarpine a montré une activité antileishmanienne modérée sur la souris. Des extraits de rameaux ont fait ressortir une action antibactérienne contre Bacillus pumilus.

En Australie, des essais ont été effectués sur l’huile essentielle des feuilles de Gyrocarpus americanus. Le rendement obtenu a été de l’ordre de 0,2–0,7%, la composition de l’huile a été assez variable, atteignant 40% d’α-pinène et de β-pinène, mais parfois avec une prédominance des sesquiterpènes, notamment le germacrène D comme élément principal (31%).

Description

  • Arbre de taille petite à moyenne atteignant 20(–30) m de haut, caducifolié ; fût cylindrique, atteignant 80(–100) cm de diamètre, dépourvu de contreforts ; surface de l’écorce lisse à écailleuse, blanc grisâtre à brun blanchâtre ou brun verdâtre, écorce interne de couleur paille à bord verdâtre, sécrétant un exsudat jaunâtre ; cime ouverte, arrondie, à branches souvent courtes ; rameaux cassants, à poils courts, à lenticelles.
  • Feuilles disposées en spirale, groupées près de l’extrémité des rameaux, simples ; stipules absentes ; pétiole de 4–18 cm de long, en gouttière ; limbe ovale-lancéolé ou 3–5(–7)-lobé jusqu’au milieu à peu près, de 4–25 cm × 4–22 cm, obtus à cordé à la base, acuminé à l’apex, papyracé, glabre à courtement poilu, 3–5(–7)-nervé à partir de la base et à 3–6 paires de nervures latérales.
  • Inflorescence : cyme axillaire, fortement ramifiée, atteignant 15 cm de long, pubescente, à long pédoncule.
  • Fleurs bisexuées ou mâles, régulières ou légèrement zygomorphes, odorantes, jaunâtres à brun verdâtre ; lobes du périanthe 4–8, d’environ 2 mm de long, égaux ou inégaux avec 2 de plus grande taille, poilus ; étamines (1–)4(–7), atteignant 4 mm de long, pubescentes ou glabres, anthères s’ouvrant par 2 valves en forme de rabat, alternant avec des étamines rudimentaires de 1 mm de long ; ovaire infère, 1-loculaire, style recourbé ou en S.
  • Fruit : nucule sèche, ovoïde, de 1–2 cm de long, à environ 8 côtes longitudinales, pourvue de 2 grandes ailes brunes à noirâtres (lobes du périanthe élargis) atteignant 11 cm × 1,5 cm, contenant 1 seule graine.
  • Graines à tégument spongieux.
  • Plantule à germination épigée ; cotylédons foliacés, 2-lobés ; quelques premières feuilles entières, les suivantes 3-lobées.

Autres données botaniques

Les arbres ont une croissance assez rapide, avec un taux de croissance annuel moyen en hauteur de 45 cm à Madagascar. En pépinière, les semis atteignent 50–100 cm de haut au bout d’un an. En Afrique de l’Ouest, les arbres fleurissent généralement à la fin de la saison sèche, peu avant l’apparition des nouvelles feuilles. A Madagascar, de nouvelles feuilles se forment au début de la saison des pluies, normalement au début du mois de novembre. Elles tombent à la fin du mois de mai, un mois environ après la fin de la saison des pluies. Les arbres fleurissent habituellement en septembre–octobre et donnent des fruits 1–2 mois après la floraison. La pollinisation se fait probablement par le vent. Les fruits ailés sont une adaptation évidente à la dissémination par le vent. Ils tournoient en tombant. Il peut y avoir également une dissémination par l’eau car les fruits peuvent flotter pendant plusieurs mois. La viabilité des fruits ayant flotté dans l’eau pendant 2 mois n’en est pas altérée.

Gyrocarpus americanus a été subdivisé en 8 sous-espèces. On en trouve 3 sur le continent africain : subsp. africanus Kubitzki est présente de l’Erythrée jusqu’en Afrique du Sud, en passant par le Kenya et la Tanzanie ; subsp. americanus est présente au Kenya et en Tanzanie ; et subsp. pinnatilobus Kubitzki se rencontre en Afrique de l’Ouest. Madagascar compte 3 autres sous-espèces : subsp. capuronianus Kubitzki, subsp. glaber Kubitzki et subsp. tomentosus Kubitzki.

Gyrocarpus angustifolius et hababensis

Le genre Gyrocarpus comprend 4 espèces, dont 3 sont présentes en Afrique tropicale. Gyrocarpus angustifolius (Verdc.) Thulin est un arbuste ou petit arbre atteignant 15 m de haut, présent dans les broussailles et la savane arbustive d’Ethiopie, de Somalie et du Kenya. Gyrocarpus hababensis Chiov. a le même port et on le trouve dans la même région de même qu’en Erythrée et à Djibouti. Le bois des deux espèces se travaille facilement et sert parfois à la confection d’ustensiles et d’objets sculptés.

Ecologie

Gyrocarpus americanus se rencontre dans les zones chaudes et sèches, à Madagascar jusqu’à 600 m d’altitude, en Afrique australe jusqu’à 1200 m et en Erythrée jusqu’à 1400 m, souvent dans les forêts claires décidues sur les crêtes rocailleuses ou les talus pierreux, et dans les fourrés ripariens. A Madagascar, il est présent dans des régions ayant une pluviométrie annuelle moyenne de 500–1000(–1200) mm, avec 5–7 mois secs, et une température annuelle moyenne de 24°C. Il préfère les sols sablonneux ayant un bon drainage, mais on peut également le trouver localement sur des sols argileux humides. Gyrocarpus americanus ne résiste pas aux incendies et ne tolère pas l’asphyxie racinaire périodique.

Gestion

A Madagascar, la régénération naturelle serait assez rare. On ramasse habituellement les fruits sur le sol. Le poids de 1000 fruits est de 250–350 g. Il est recommandé de les semer dès que possible, après leur avoir retiré les ailes à la main. Cependant, une fois qu’ils ont séché au soleil, on peut les conserver dans des récipients hermétiques pendant près d’1 an sans que leur pouvoir germinatif en soit considérablement altéré. Un traitement préalable n’est pas nécessaire, même si on recommande à Madagascar de faire tremper les fruits dans l’eau pendant 24 heures avant de les semer. Les graines commencent à germer au bout de 10 jours, et le taux de germination est de 60–85%. Toutefois, lors d’un essai réalisé en Malaisie, les graines ont germé beaucoup plus tard : près de 70% de germination a été obtenu entre 11 mois et presque 3 ans. En Inde, le taux de germination a chuté lorsque les graines ont été semées à l’ombre.

Les graines peuvent être semées directement au champ, mais à Madagascar le taux de survie des semis n’a atteint que 9% au bout de 15 mois. C’est la plantation de jeunes plants âgés de 6–12 mois, à racines nues et élevés en pépinière qui a donné les meilleurs résultats, le taux de survie atteignant 70% au bout de 2 ans.

Ressources génétiques

Etant très répandu et localement commun, Gyrocarpus americanus n’est pas facilement sujet à l’érosion génétique. En revanche, en Afrique de l’Ouest (subsp. pinnatilobus) où il est très localisé, il pourrait être plus vulnérable.

Perspectives

Il y a peu de chances pour que Gyrocarpus americanus suscite un regain d’intérêt commercial car il s’agit souvent d’un arbre de petite taille dont les propriétés du bois sont moyennes. Quoi qu’il en soit, il n’est pas impossible que l’utilisation que l’artisanat en fait en sculpture se révèle intéressante à l’avenir.

Références principales

  • Arbonnier, M., 2004. Trees, shrubs and lianas of West African dry zones. CIRAD, Margraf Publishers Gmbh, MNHN, Paris, France. 573 pp.
  • Blaser, J., Rajoelison, G., Tsiza, G., Rajemison, M., Rabevohitra, R., Randrianjafy, H., Razafindrianilana, N., Rakotovao, G. & Comtet, S., 1993. Choix des essences pour la sylviculture à Madagascar. Akon’ny Ala: Bulletin du Département des Eaux et Forêts 12–13. 166 pp.
  • Boer, E. & Sosef, M.S.M., 1998. Gyrocarpus Jacq. In: Sosef, M.S.M., Hong, L.T. & Prawirohatmodjo, S. (Editors). Plant Resources of South-East Asia No 5(3). Timber trees: Lesser-known timbers. Backhuys Publishers, Leiden, Netherlands. pp. 277–278.
  • Chikamai, B.N., Githiomi, J.K., Gachathi, F.N. & Njenga, M.G., undated. Commercial timber resources of Kenya. Kenya Forestry Research Institute (KEFRI), Nairobi, Kenya. 164 pp.
  • Randrianasolo, J., 1989. La germination du mafay (Gyrocarpus americanus). Fiche Technique du Centre de Formation Professionnelle Forestière de Morondava 17: 27.

Autres références

  • Bein, E., Habte, B., Jaber, A., Birnie, A. & Tengnäs, B., 1996. Useful trees and shrubs in Eritrea: identification, propagation and management for agricultural and pastoral communities. Technical Handbook No 12. Regional Soil Conservation Unit, Nairobi, Kenya. 422 pp.
  • Bolza, E. & Keating, W.G., 1972. African timbers: the properties, uses and characteristics of 700 species. Division of Building Research, CSIRO, Melbourne, Australia. 710 pp.
  • Brophy, J.J., Goldsack, R.J. & Forster, P.I., 2000. Leaf essential oils of the Australian species of Gyrocarpus and Hernandia (Hernandiaceae). Journal of Essential Oil Research 12(6): 717–722.
  • Burkill, H.M., 1994. The useful plants of West Tropical Africa. 2nd Edition. Volume 2, Families E–I. Royal Botanic Gardens, Kew, Richmond, United Kingdom. 636 pp.
  • Capuron, R., 1966. Mafay (Gyrocarpus americanus Jacquin - Hernandiaceae). Etudes sur les essences forestières de Madagascar. Centre Technique Forestier Tropical, Antananarivo, Madagascar. 6 pp.
  • CFPF (Centre de Formation Professionnelle Forestière), 2008. Fiches techniques: version française. Centre de Formation Professionnelle Forestière, Morondova, Madagascar. 14 pp.
  • Coates Palgrave, K., 2002. Trees of southern Africa. 3rd Edition. Struik Publishers, Cape Town, South Africa. 1212 pp.
  • Gelfand, M., Mavi, S., Drummond, R.B. & Ndemera, B., 1985. The traditional medical practitioner in Zimbabwe: his principles of practice and pharmacopoeia. Mambo Press, Gweru, Zimbabwe. 411 pp.
  • Inngjerdingen, K., Nergård, C.S., Diallo, D., Mounkoro, P.P. & Paulsen, B.S., 2004. An ethnopharmacological survey of plants used for wound healing in Dogonland, Mali, West Africa. Journal of Ethnopharmacology 92: 233–244.
  • Neuwinger, H.D., 2000. African traditional medicine: a dictionary of plant use and applications. Medpharm Scientific, Stuttgart, Germany. 589 pp.

Auteur(s)

  • R.H.M.J. Lemmens, PROTA Network Office Europe, Wageningen University, P.O. Box 341, 6700 AH Wageningen, Netherlands
  • D. Louppe, CIRAD, Département Environnements et Sociétés, Cirad es-dir, Campus international de Baillarguet, TA C 105 / D (Bât. C, Bur. 113), 34398 Montpellier Cédex 5, France

Citation correcte de cet article

Lemmens, R.H.M.J. & Louppe, D., 2012. Gyrocarpus americanus Jacq. In : Lemmens, R.H.M.J., Louppe, D. & Oteng-Amoako, A.A. (Editeurs). PROTA (Plant Resources of Tropical Africa / Ressources végétales de l’Afrique tropicale), Wageningen, Pays Bas. Consulté le 20 avril 2026.


  • Voir cette page sur la base de données Prota4U.