Lophira alata (PROTA)

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Ressources végétales de l'Afrique tropicale
Introduction
Liste des espèces


Importance générale
Répartition en Afrique
Répartition mondiale
Fruit
Oléagineux
Médicinal
Bois d'œuvre
Bois de feu
Ornemental
Auxiliaire
Sécurité alimentaire
Statut de conservation


répartition en Afrique (sauvage)
1, base du fût ; 2, rameau feuillé ; 3, inflorescence ; 4, fruit. Redessiné et adapté par G.W.E. van den Berg
écorce
tranche
population
feuilles
gousses et graines
divers
coupe transversale du bois
coupe tangentielle du bois
coupe radiale du bois

Lophira alata Banks ex P.Gaertn.


Protologue: Suppl. carp. 1(1) : 52, t. 188, f. 2 (1805).
Famille: Ochnaceae
Nombre de chromosomes: 2n = 28

Synonymes

  • Lophira procera A.Chev. (1935).

Noms vernaculaires

  • Azobé (Fr).
  • Azobé, ekki, red ironwood (En).
  • Azobe (Po).

Origine et répartition géographique

L’aire naturelle de Lophira alata s’étend de la Guinée-Bissau jusqu’en Centrafrique, et vers le sud jusqu’au Gabon et en R.D. du Congo. Il est très commun sur le littoral, moins à l’intérieur des terres ; en R.D. du Congo, on le trouve depuis les frontières occidentales jusqu’au bassin central du fleuve Congo.

Usages

Le bois de Lophira alata, bien connu sous l’appellation commerciale de “azobé”, est devenu l’un des bois de feuillus tropicaux les plus utilisés, car il est disponible en dimensions plus grandes que d’autres bois de caractéristiques techniques similaires. Grâce à sa dureté et à sa résistance, il est prisé en construction lourde pour des situations extrêmes, notamment les travaux d’hydraulique, la construction maritime, les ponts, les planchers, la construction navale, les sols industriels, les cages d’escaliers, les maisons à ossature en bois, les traverses de chemin de fer, les étais de mines, les ouvrages de retenue, les glissières d’ascenseurs dans les mines, la charronnerie et les poteaux destinés à une multitude d’usages qui vont de la viticulture à l’ostréiculture. Il convient pour la menuiserie, les boiseries intérieures, les articles de sport, les jouets et les articles de fantaisie, les ustensiles agricoles, le tournage et les panneaux durs. Une des utilisations qui mérite d’être mentionnée : les rails du métro de Paris qui roule sur pneus.

L’azobé a une valeur énergétique élevée. C’est un bon bois de feu qui fournit un excellent charbon de bois. Les fleurs sont mellifères.

En médecine traditionnelle au Gabon, l’écorce est appliquée localement en cas d’affections rénales. Au Cameroun, au Gabon et au Congo, la décoction d’écorce se prend ou s’applique en lavement contre les douleurs menstruelles, un début de hernie ou des problèmes d’estomac. On la prend également en cas de douleurs rénales et de maux de dents. Au Congo, la poudre d’écorce additionnée d’huile de palme et de sels minéraux est administrée pour traiter les affections cardiaques, les douleurs costales et les crachats de sang. Au Nigeria, on emploie un mélange similaire contre la toux, la fièvre et la jaunisse. On attribue à l’écorce des propriétés analgésiques et sédatives et on la prescrit pour soigner les convulsions, l’épilepsie, les problèmes oculaires et le pian. En Centrafrique, on applique l’écorce sur les morsures de serpent, au Cameroun pour cicatriser les plaies. Au Liberia et au Congo, les feuilles sont utilisées dans le traitement de la lèpre, et au Liberia les graines servent parfois au même usage. Les feuilles sont également utilisées en lavage pour les femmes qui accouchent, en lotion en cas de maladies respiratoires et de dysenterie, et elles entrent dans la confection de préparations administrées dans le traitement de la fièvre jaune et de l’insomnie. Les ramilles font office de brosses à dents.

Les graines contiennent environ 40% d’huile, qui est parfois utilisée en cuisine, par ex. par les pygmées Bakas du Cameroun, comme pommade et pour la fabrication de savon. En médecine traditionnelle, on s’en sert probablement pour des usages similaires à ceux de l’ “huile de méné” que l’on extrait des graines de Lophira lanceolata Tiegh. ex Keay.

Production et commerce international

Lophira alata est l’une des essences forestières les plus exploitées d’Afrique tropicale. La plus ancienne trace d’exportation du bois d’œuvre remonte au XVIe siècle et relate sa vente par le Ghana au Royaume-Uni pour la confection de quilles en construction navale. Dès avant 1914, l’azobé servait au Cameroun à la construction de quais et de pontons, les exportations régulières vers l’Europe ayant commencé au lendemain de la Première Guerre mondiale.

En 2006, l’azobé figurait à la 4e place sur la liste des bois d’œuvre exploités au Cameroun avec 5,1% du volume total de bois d’œuvre récolté, ce qui représentait près de 17 500 m³. Il caracolait toujours en tête du classement ces dernières années avec des volumes d’exportation de sciages atteignant 48 800 m³, 44 800 m³ et 49 600 m³ en 2006, 2007 et 2008 respectivement. En revanche, les volumes d’exportations des grumes pendant cette même période ont été dérisoires. De même, au Gabon et en Guinée équatoriale, l’azobé est un important bois d’œuvre destiné à l’exportation, mais loin derrière l’okoumé (Aucoumea klaineana Pierre). Au Gabon, il occupe la seconde place pour le bois d’œuvre transformé sur place, avec 37 700 m³ destinés aux scieries en 2007 (contre 931 500 m³ pour l’okoumé). Au Gabon, il est exporté sous la forme de grumes en quantités similaires (37 500 m³ en 2008), mais ne se situe qu’à la 7e place des exportations de grumes. Au cours des quatre premiers mois de l’année 2010, l’OIBT a signalé une augmentation de prix de plusieurs bois tropicaux, dont l’azobé, due à une forte demande en provenance de Chine. En 2010, le Liberia a exporté des grumes d’azobé au prix de US$ 253 par m³.

Propriétés

Le diamètre des grumes commerciales va de 60 cm à 120 cm, voire parfois 150 cm. Le bois de cœur, brun châtain à brun chocolat ou mauve-brun foncé, fonce légèrement à l’exposition, et se distingue assez mal de l’aubier plus pâle et d’environ 3(–5) cm d’épaisseur. Entre l’aubier et le bois de cœur, apparaît une couche de 5–10 cm d’épaisseur de bois de transition dont la couleur est intermédiaire. Il présente normalement un contrefil, le grain est variable à grossier.

C’est un bois très lourd, avec une densité de 1010–1150 kg/m³ à 12% d’humidité, et très dur. Le séchage doit se faire lentement à cause du risque élevé de déformation, de gerces superficielles et de fentes. Il est généralement recommandé de sécher l’azobé à l’air en planches de belles dimensions. Les taux de retrait sont élevés, de l’état vert à anhydre ils sont de (5,6–)7,1–9,2% dans le sens radial et de (8,3–)10,7–13,2% dans le sens tangentiel. Une fois sec, le bois est très instable en service.

Le bois a d’excellentes propriétés mécaniques, car il est à la fois flexible et résistant au cintrage et très résistant aux chocs et à l’abrasion. A 12% d’humidité, le module de rupture est de (159–)201–287 N/mm², le module d’élasticité de 13 200–22 000(–23 500) N/mm², la compression axiale de (75–)85–109 N/mm², le cisaillement de (10–)14–20 N/mm², le fendage de 20–33 N/mm, la dureté Janka de flanc de 9990–17 540 N, la dureté Janka en bout de 12 300–21 200 N et la dureté de flanc Chalais-Meudon de 7,6–18,8.

L’azobé est très difficile à travailler à la main à cause de sa dureté et de sa forte densité. Il est normalement scié, et ne se prête ni au déroulage ni au tranchage pour les placages. Il se scie bien à l’aide de machines-outils lourdes et adaptées. Le désaffûtage des dents de scies et des lames de coupe est relativement faible car l’azobé ne contient pas de silice. L’azobé se rabote sans difficulté et se ponce très facilement, mais la présence de contrefil empêche d’obtenir une surface joliment polie. Les avant-trous sont nécessaires pour le clouage et le vissage, mais le bois tient bien les vis et les clous. Le clouage n’est possible qu’avec des outils spéciaux tels que le pistolet de type ramset, et il faut des vis de qualité supérieure. L’azobé se colle bien avec des colles synthétiques à base de résine, mais le collage doit être fait avec soin étant donné le retrait important qui a lieu au séchage, et le collage à l’échelle industrielle n’est pas recommandé. Le bois tient bien la peinture et le vernis, à condition qu’il soit sec. Les peintures à base d’huile s’écaillent facilement. Le cintrage est difficile.

Si le bois de cœur est très durable, l’aubier et le bois de transition ne le sont que modérément. Le bois de cœur résiste très bien aux termites, mais des attaques de Macrotermes spp. ont été signalées en Afrique. La résistance du bois sec aux attaques de Lyctus et autres insectes est bonne, bien que des attaques contre l’aubier aient été enregistrées. La résistance aux champignons lignivores est variable, mais bonne en général. L’azobé montre une résistance satisfaisante contre les térébrants marins en eau froide et tempérée, même si celle-ci est moindre que celle de quelques autres bois de feuillus tropicaux. Dans les eaux tropicales, la résistance n’est que modérée. L’azobé est assez rebelle à l’imprégnation avec des produits de conservation. Si l’on veut conserver le bois, il faut le scarifier immédiatement après le sciage et juste avant de le traiter sous pression.

L’azobé a une forte résistance au feu, puisqu’il est presque ininflammable. Il ne présente aucun intérêt pour l’industrie papetière, car il est difficile à réduire en copeaux et son rendement en pâte à papier est faible. L’azobé résiste aux acides, par ex. aux acides sulphurique et chlorhydrique à une concentration inférieure à 25% à température ambiente. Il est moins résistant à l’acide nitrique. Sa dureté n’est pas modifiée par les acides. Il tolère également les solutions alcalines caustiques (<5%).

Plusieurs biflavonoïdes ont été extraits de l’écorce, dont les lophirones B, C, D, E, L et M, la bongosine, la mbamichalcone et la lophirochalcone. De la lutéoline et du lithospermoside ont également été isolés. Des extraits de l’écorce ont montré des effets bactéricides contre des bactéries gram-positives, dont Micrococcus luteus et Staphylococcus aureus. Un extrait des feuilles a mis en lumière une action contre le vecteur de la schistosomose.

Quoique l’huile de graines de Lophira alata n’ait pas fait l’objet d’études aussi approfondies que celle de Lophira lanceolata, elle est probablement assez similaire et doit se prêter aux mêmes usages.

Falsifications et succédanés

Lophira lanceolata Van Tiegh. ex Keay est très proche de Lophira alata, a des effets bactéricides similaires et contient des composés analogues (les lophirones), en revanche son huile de graines est beaucoup plus employée que celle de Lophira alata. On le rencontre dans les zones de savanes au nord de l’aire de répartition de Lophira alata, et dans les zones où on les trouve côte à côte, il est possible que les deux espèces soient utilisées de manière interchangeable. Le bois de Lophira lanceolata, rosé avec un cœur rouge, existe en beaucoup plus petites dimensions, mais peut avoir des usages similaires, notamment pour la confection d’étais de mines, de traverses de chemin de fer et de mortiers, comme bois de feu et pour la production de charbon de bois.

Description

  • Arbre de grande à très grande taille atteignant 60 m de haut, caducifolié ; fût dépourvu de branches sur 30 m, cylindrique et normalement très droit quoique parfois légèrement ondulé, atteignant 160(–180) cm de diamètre, base quelquefois légèrement épaissie ou à racines principales légèrement renflées ; racines superficielles étalées parfois visibles sur plusieurs mètres ; surface de l’écorce écailleuse, brun rouille à orange-brun, se détachant en nombreuses et longues bandes verticales et étroites, écorce interne de 2 cm d’épaisseur, brun-rouge, présentant une couche caractéristique, fine, de couleur jaune soufre vers la périphérie entre les couches d’écorce vivantes et mortes ; cime hémisphérique, à branches de grande taille et érigées ; rameaux glabres.
  • Feuilles disposées en spirale, groupées à l’extrémité des branches, simples et entières ; stipules triangulaires, d’environ 6 mm de long, caduques ; pétiole de 0,5–2,5 cm de long ; limbe oblong-obovale, de 8–24(–35) cm × 4–8(–10) cm, base cunéiforme, apex arrondi ou émarginé, coriace, glabre, nervure médiane saillante, pennatinervé à nombreuses nervures latérales, fines, serrées.
  • Inflorescence : panicule terminale, lâche, glabre.
  • Fleurs bisexuées, presque régulières, 5-mères, fortement odorantes ; pédicelle atteignant 2,5 cm de long, articulé juste au-dessous de l’apex ; sépales libres, ovales, légèrement inégaux, d’environ 1 cm de long ; pétales libres, largement obovales à presque ronds, atteignant 1,5 cm de long, légèrement 2-lobés à l’apex, blancs ; étamines nombreuses, libres, d’environ 1 cm de long, jaune-orange ; ovaire supère, étroitement conique, 1-loculaire, style à 2 bras, courts, étalés.
  • Fruit : nucule conique de 2,5–3 cm × 1–1,5 cm, effilée à l’apex, plus ou moins ligneuse, indéhiscente, renfermant 1 seule graine, à 2 ailes inégales à la base, étroitement oblongues, roses à rougeâtres, finement veinées, la plus grande atteignant 12 cm × 3 cm, la plus petite 6 cm × 1 cm.
  • Graines étroitement ovoïdes.
  • Plantule à germination hypogée ; épicotyle de 8–14 cm de long ; cotylédons demeurant dans le tégument, d’environ 1,5 cm × 0,5 cm ; les 2 premières feuilles opposées, sessiles, étroitement elliptiques, d’environ 10 cm × 3 cm, la 3e feuille (voire parfois la 4e) se dépliant en même temps que les 2 premières, et formant une sorte de verticille, feuilles suivantes alternes.

Autres données botaniques

Le genre Lophira, qui se limite à l’Afrique tropicale, comprend 2 espèces dont l’aire de répartition est distincte d’un point de vue écologique : Lophira alata, un grand arbre caractéristique de la forêt pluviale sempervirente guinéo-congolaise, et Lophira lanceolata, un petit arbre limité à la savane soudano-guinéenne, mais que l’on trouve aussi à des altitudes plus élevées de 1200(–1600) m. Dans la zone de transition entre la forêt et la savane, les deux espèces présentent des caractéristiques végétatives très similaires, même si Lophira lanceolata a souvent des feuilles relativement plus étroites avec un pétiole plus long et des fruits légèrement plus grands.

Anatomie

Description anatomique du bois (codes IAWA pour les bois feuillus) :

  • Cernes de croissance : 2 : limites de cernes indistinctes ou absentes.
  • Vaisseaux : 5 : bois à pores disséminés ; 13 : perforations simples ; 22 : ponctuations intervasculaires en quinconce ; 24 : ponctuations intervasculaires minuscules (très fines) ( 4μm) ; 25 : ponctuations intervasculaires fines (4–7 μm) ; 30 : ponctuations radiovasculaires avec des aréoles distinctes ; semblables aux ponctuations intervasculaires en forme et en taille dans toute la cellule du rayon ; 43 : diamètre tangentiel moyen du lumen des vaisseaux 200 μm ; 46 : 5 vaisseaux par millimètre carré ; 47 : 5–20 vaisseaux par millimètre carré ; 58 : gomme ou autres dépôts dans les vaisseaux du bois de cœur.
  • Trachéides et fibres : (60 : présence de trachéides vasculaires ou juxtavasculaires) ; 61 : fibres avec des ponctuations simples ou finement (étroitement) aréolées ; 66 : présence de fibres non cloisonnées ; 69 : fibres à parois fines à épaisses ; 70 : fibres à parois très épaisses.
  • Parenchyme axial : 85 : parenchyme axial en bandes larges de plus de trois cellules ; 94 : plus de huit cellules par file verticale.
  • Rayons : 97 : rayons 1–3-sériés (larges de 1–3 cellules) ; 104 : rayons composés uniquement de cellules couchées ; 115 : 4–12 rayons par mm.
  • Inclusions minérales : 136 : présence de cristaux prismatiques ; 141 : cristaux prismatiques dans les cellules non cloisonnées du parenchyme axial ; 142 : cristaux prismatiques dans les cellules cloisonnées du parenchyme axial.
(E. Uetimane, P. Baas & H. Beeckman)

Croissance et développement

Lophira alata est une espèce pionnière héliophile. Elle se régénère abondamment dans les lieux ouverts, en particulier lorsque le sol a été perturbé, comme en bordure des chemins forestiers ou des berges de rivières, dans les trouées forestières, les champs abandonnés, ou en lisière de savane à l’abri des incendies. Elle peut également germer dans le sous-bois, pourvu que les semis soient ensuite situés en plein soleil pour pouvoir s’y développer. Les jeunes plants peuvent se maintenir assez longtemps dans le sous-bois sans se développer ; puis, une fois qu’ils sont exposés à une lumière plus intense, leur croissance s’accélère. Leur réaction est plus forte lorsque la lumière passe de 2% à 30% de plein soleil, puis s’affaiblit entre 30% et 60%, ce qui laisse supposer qu’ils s’adaptent à un ombrage partiel. En plantation, les jeunes plants poussent en moyenne de 80–130 cm/an en hauteur, mais leur croissance peut atteindre, voire dépasser, 1,5 m par an pour les plants les plus vigoureux. Dans un endroit au Ghana où l’exploitation pour le bois d’œuvre et les poteaux avait été pratiquement abandonnée, Lophira alata a atteint entre 6–8 m de haut au bout de 9 ans, alors que les individus étaient en bonne santé malgré la présence de parasoliers de 15–18 m de haut qui leur faisaient de l’ombre.

Les taux moyens d’accroisement en diamètre varient énormément en forêt naturelle. En Côte d’Ivoire, des taux de croissance de 0,65–1,5 cm par an ont été signalés pour des arbres ayant un diamètre de fût supérieur à 10 cm ; le taux de croissance maximum observé a été de 2,25 cm par an sur un arbre dont le diamètre était passé de 28,6 cm à 78,5 cm en 22 ans. En plantation, des taux de croissance en diamètre de l’ordre de 0,85–1,15 cm par an ont été mesurés sur des arbres âgés d’environ 10 ans, dépassant 1,5 cm par an chez les individus les plus vigoureux. Alors qu’en forêt naturelle, la croissance peut être rapide pour les jeunes sujets exposés en plein soleil, elle ralentit immédiatement dès qu’ils sont en concurrence avec d’autres espèces. Une fois que les arbres adultes atteignent et dominent le couvert forestier, ils retrouvent des taux de croissance corrects. On estime que les arbres ayant un diamètre de fût de 70 cm sont âgés d’au moins 90 ans.

Lophira alata perd ses feuilles pendant une période allant de quelques jours à 2–3 semaines dès la fin de la saison des pluies, en octobre–novembre en Afrique de l’Ouest, en décembre sur le littoral camerounais mais légèrement plus tôt à l’intérieur des terres camerounaises, et en décembre–février au Gabon. Il peut arriver que les nouvelles feuilles commencent à se déplier immédiatement après la chute des feuilles voire avant même qu’elle ne soit terminée. De couleur rougeâtre, elles peuvent apparaître à des moments différents et à des endroits différents d’une même cime. La chute des feuilles anciennes et l’apparition des nouvelles feuilles peut être synchrone sur tous les arbres d’une région, mais peut également s’étaler sur 2 mois. La floraison coïncide avec l’apparition des nouvelles feuilles. Les fruits se forment rapidement et mûrissent au bout de 6–8 semaines, généralement en janvier–avril, mais on peut aussi trouver des fruits mûrs sur l’arbre plus tard, parfois jusqu’en mai–juin. Tous les arbres ne donnent pas de fruits chaque année, et on a constaté que les années de fructification abondante n’avaient lieu que tous les 3–4 ans en Guinée.

Les feuilles des jeunes individus sont bien plus grandes que celles des arbres adultes, atteignent 100 cm × 10 cm, sont habituellement lancéolées et presque sessiles, et présentent souvent des galles. En Centrafrique, on a trouvé des arbres en fleurs ayant un diamètre de fût de 15 cm, alors que seuls ceux ayant un diamètre supérieur à 50 cm fleurissent chaque année. Néanmoins, le nombre de fruits que l’on trouve sous l’arbre-mère devient nettement plus important lorsque le diamètre de fût dépasse les 110 cm, ou bien lorsque l’arbre profite d’une grande cime bien exposée. Ce qui tend à prouver que maturité sexuelle et efficacité de la reproduction sont atteintes tardivement.

Au Cameroun, on a observé que les racines sont colonisées par des endomycorhizes arbusculaires, le degré d’infestation pouvant être un facteur accélérateur de croissance.

Ecologie

Lophira alata est caractéristique de la forêt dense humide sempervirente de basse altitude, mais il arrive qu’on le trouve jusqu’à 1000 m d’altitude, par ex. au Cameroun. Il est abondant dans les bassins versants sédimentaires en bordure de la côte Atlantique, en général sur des terres sèches, mais également parfois, quoique de façon plus disséminée, dans la forêt périodiquement inondée située derrière la mangrove ou en lisière de marais, rarement à l’intérieur. On le trouve souvent dans la forêt secondaire et dans le recrû en bordure des routes forestières et dans les clairières ; il est également commun dans les îlots forestiers de la savane ainsi que dans la forêt claire à Marantaceae du Gabon et du Congo. Plus à l’intérieur des terres, Lophira alata est plus disséminé, et est surtout fréquent dans les vallées et sur les berges des grandes rivières. Il peut se propager assez profondément dans la forêt semi-décidue des vallées fluviales et sur les talus. Son intolérance à la sécheresse l’exclut des climats secs, à l’exception des zones de faible altitude où l’apport en eau est suffisant. En Afrique de l’Ouest, l’abondance de Lophira alata est étroitement liée à la pluviométrie, atteignant un chiffre optimum de 2600 mm par an. Il est adapté à plusieurs types de sols, y compris aux sables, aux sols sablo-argileux, et aux sols graveleux et ferralitiques, mais semble préférer les sols sablo-argileux ayant une nappe phréatique relativement peu profonde.

Les jeunes individus sont très sensibles à la concurrence, même dans le recrû forestier, où d’autres espèces telles que les grandes plantes herbacées, les arbustes, les lianes et les arbres comme Musanga cecropioides R.Br. et Pycnanthus angolensis (Welw.) Warb sont souvent plus agressives.

Il semblerait que la régénération de Lophira alata nécessite de la lumière et l’absence presque totale de concurrence au cours des stades de semis et de très jeunes plants. Les arbres résistent assez bien au feu pourvu que les dégâts se limitent à un seul côté.

Multiplication et plantation

Lophira alata se multiplie habituellement par graines. Le poids de 1000 graines est d’environ 1 kg. En conditions naturelles, ce sont les vents violents qui dispersent les fruits, lesquels, grâce à leurs ailes, peuvent parcourir des centaines de mètres avant de tomber par terre. Le taux de germination est élevé (de l’ordre de 80–95%), mais la viabilité des graines chute rapidement à cause de la dégradation assez rapide de l’huile des graines. Quatre mois après la récolte, le taux de germination a chuté à environ 25%, et il faut donc semer les graines peu après les avoir ramassées. Il est recommandé de les faire tremper dans l’eau pendant plusieurs heures, et la profondeur de semis conseillée est de 1–2 cm. La germination peut être assez rapide et ne prendre que 9–16 jours, mais elle peut aussi être plus longue, exigeant entre 18–30 jours pour des graines normales mono-embryonnées, et environ 45 jours pour des graines poly-embryonnées qui sont assez communes chez Lophira alata.

En pépinière, les plants sont espacés de 10–15 cm, et doivent être exposés en plein soleil rapidement. Les petits rongeurs sont une menace car ils déterrent les graines pour les manger. Les semis développent une racine pivotante garnie d’un grand nombre de racines latérales très fines. Il faut tailler fréquemment les racines en déplaçant les récipients pour éviter que la racine pivotante ne s’arrime dans le sol et pour stimuler le développement de racines latérales ; ce procédé augmente le taux de réussite du repiquage.

Le repiquage au champ peut s’effectuer lorsque les plants ont 18 mois, une tige de 40–100 cm de long, une racine pivotante bien développée et jusqu’à 15 feuilles. Cependant, il est possible de repiquer des plants plus jeunes. Parfois, des sauvageons de 15–20 cm de haut sont prélevés en forêt naturelle au mois de juin, puis repiqués au bout de 12 mois. Avec le repiquage direct de sauvageons de 30–35 cm de haut, on obtient un faible taux de réussite. Il faut prendre des précautions pour protéger les jeunes plants qui sont sensibles à la brûlure du soleil et peuvent se dessécher rapidement. Pourtant, ils tolèrent les sols pauvres. Les jeunes plants réagissent bien à un léger ombrage initial, par ex. lorsqu’on les intercale entre des arbres déjà existants qui donnent une légère ombre. Il faut éclaircir la ramure dès que les jeunes plants ont bien pris racine. Des dégagements circulaires doivent être pratiqués pour éviter la concurrence pour l’eau, les nutriments et la lumière, puis dès que les plants sont bien installés, des désherbages plus complets peuvent être conduits. Les jeunes plants sont plus sensibles aux attaques des foreurs de tige lorsqu’ils sont exposés au plein soleil, ce qui est plus fréquent en pépinière que dans la forêt. Le repiquage dans des stations marécageuses a été voué à l’échec car la racine pivotante ne tardait pas à mourir.

Lophira alata recèpe bien, mais ne développe pas de drageons, contrairement à Lophira lanceolata. En Côte d’Ivoire, la culture in vitro d’embryons de Lophira alata à partir de différents milieux de culture (gel, gel de silice, liquide) a permis d’obtenir des taux de croissance de 2–4 cm/jour, alors que le taux de croissance quotidien moyen est de 1–2 cm.

Gestion

En forêt côtière sur des terres alluviales, Lophira alata est souvent abondant voire dominant parmi les arbres du couvert forestier. La densité d’arbres ayant un diamètre de fût supérieur à 50 cm peut atteindre une moyenne de 3 arbres/ha dans la forêt dense, avec une variation locale fluctuant entre 1 et 7 arbres/ha. Au début du XXe siècle, des densités équivalentes à 10–20 arbres/ha ayant un diamètre de fût de plus de 50 cm ont été enregistrées. Dans l’arrière-pays gabonais, à l’endroit où convergent la forêt dense et la forêt à Marantaceae plus claire, la densité d’individus de grande taille (diamètre de fût 70 cm) et de petite taille (diamètre de fût 10 cm) est supérieure dans la forêt claire (où elle atteint 0,9 arbre/ha et 27,4 arbres/ha, respectivement) à la forêt mixte dense voisine où la densité est presque trop faible pour pouvoir être évaluée.

En général, la forêt de Lophira alata est dominée par de grands individus qui forment un couvert forestier continu, un dense sous-bois et l’absence quasi totale de lianes. La répartition des diamètres de fûts par classes de taille forme une courbe en cloche qui prouve que la régénération des jeunes sujets n’est pas assurée sous le couvert des arbres adultes. Des mesures de la régénération en forêt dense ont révélé que si les semis pouvaient y être abondants, en revanche la grande majorité d’entre eux était inférieure à 50 cm de haut, et que très peu de plants atteignaient un diamètre de fût de 10–15 cm, sauf aux endroits où des trouées forestières naturelles ou créées par l’homme les favorisaient.

Le recépage destiné à la production de bois de feu a été étudié en Côte d’Ivoire ; il est recommandé de réduire l’espacement (2 m × 2 m) et de tailler au niveau de la souche, en laissant 1–2 pousses assez droites et vigoureuses par souche. Pour les plantations de bois d’œuvre, la densité recommandée est de 1100 tiges/ha avec une première éclaircie pratiquée au bout de 6–8 ans permettant de réduire la densité à 500–600 tiges/ha. En cas de plantations intercalaires avec des cultures vivrières, il faut éviter d’employer autant les petits plants, que les agriculteurs ont tendance à éliminer en désherbant, que les plants de grande taille (de plus d’1 m de haut), qui ne prennent pas bien et sont sensibles au vent.

Au Cameroun et au Gabon, Lophira alata s’élague naturellement, les branches tombant au sol régulièrement sans laisser de cicatrices visibles. En Côte d’Ivoire, en revanche, les branches tombent plus tard, laissant des protubérances importantes comme autant de cicatrices visibles qui mènent à un fût plus sinueux.

La conduite des plantations se limite généralement à l’élimination des petites lianes et des gaules d’autres arbres. Certains forestiers recommandent de planter à de fortes densités ou bien d’installer des plantations mixtes afin de renforcer le taux d’établissement et de retarder la ramification.

Maladies et ravageurs

Les feuilles de Lophira alata sont souvent la proie d’un insecte qui provoque des galles de 4–5 cm de large sur les deux faces. Dans les plantations, on a signalé les attaques de larves d’un insecte non identifié qui détruit le bourgeon apical, ce qui provoque la ramification prématurée des jeunes tiges.

Récolte

L’abattage des arbres de Lophira alata s’effectue tout au long de l’année tant que les pistes forestières sont praticables. Des méthodes d’exploitation peu destructrices sont parfois employées, mais à ce jour uniquement sur des exploitations qui se livrent à une production certifiée. Les grumes étant trop lourdes pour être transportées par flottage fluvial, elles doivent être débardées par camion.

Les graines sont récoltées sous les arbres-mères ; l’écorce destinée aux usages médicinaux se ramasse habituellement à la machette.

Rendement

Lophira alata est l’une des espèces les plus exploitées pour son bois, notamment au Cameroun, en Guinée équatoriale et au Gabon. Le diamètre de fût minimum exploitable est fixé à 60 cm au Cameroun et en Côte d’Ivoire, à 70 cm au Ghana, et à 80 cm au Gabon et au Liberia. Un arbre qui a atteint les dimensions requises produit en moyenne entre 8–13,5 m³ de volume de bois de fût. Un volume commercialisable de 24,2 m³ a été mesuré pour un arbre au Nigeria. Des tables dendrométriques permettant d’évaluer la productivité des peuplements sont disponibles pour plusieurs pays.

A Abobo (Côte d’Ivoire), des plantations intercalées avec des cultures vivrières ont produit au bout de 21 ans un couvert forestier dominant de Lophira alata d’une hauteur de 25–30 m avec un diamètre de fût moyen de 20–25 cm. A Akila (Nigeria), un peuplement pur de Lophira alata présentait les caractéristiques suivantes au bout de 12 ans : 1428 arbres/ha, diamètre de fût moyen de 10,6 cm, hauteur moyenne de 16,3 m avec la couche dominante de canopée située à 18,3 m, volume du peuplement de 67,5 m³ avec un taux de croissance annuel moyen de 5,6 m³/ha. Les résultats obtenus sur une plantation à Sibang (Gabon) au bout de 64 ans font état d’un volume estimé en grumes de 252 m³/ha, ou d’un taux de croissance annuel de 3,9 m³/ha.

Traitement après récolte

L’élimination de l’aubier est recommandée afin de limiter les dégâts causés par les agents responsables de la pourriture. Les grumes longues et rectilignes étant particulièrement prisées, il convient de sélectionner soigneusement celles dont le cœur est bien centré. Les fûts d’azobé qui présentent un cœur excentrique contiennent un bois de tension et de compression invisibles qui provoquent des déformations dès que l’on les débite. Bien que le désaffûtage soit faible, le sciage de l’azobé requiert un équipement adapté et suffisament puissant.

Ressources génétiques

Du fait de l’exploitation très importante qui s’exerce dans son aire de répartition, l’UICN a classé Lophira alata comme “vulnérable”. Dans presque toute la région côtière du Cameroun, les peuplements se sont considérablement dégradés ou ont disparu complètement sous l’effet des activités humaines (urbanisation, construction de routes, production de cultures vivrières et industrielles, exploitation sylvicole). Désormais, si l’espèce est en partie protégée dans un certain nombre de zones de conservation, ces mesures ne suffisent pas à garantir que sa régénération dans les zones exploitées puisse répondre à la demande future. En outre, on ignore les effets de l’exploitation systématique des meilleurs arbres sur la diversité génétique. Il se peut qu’elle ait donné lieu à une sélection génétique négative, puisque parmi les arbres semenciers qui subsistent, il ne reste que les arbres les plus mal formés.

Sélection

Il n’existe actuellement aucun programme de sélection de l’azobé.

Perspectives

En Afrique de l’Ouest et au Cameroun, les peuplements primaires de Lophira alata ont disparu dès les années 1950 et 1960. Ils sont désormais presque partout dégradés ou ont disparu complètement à cause de l’activité humaine dans les régions côtières. On doit admettre que l’érosion de la diversité génétique a bien eu lieu. Cependant, les caractéristiques de l’azobé en tant qu’espèce pionnière favorisent sa régénération naturelle et pourraient permettre d’établir des plantations destinées à la production de bois d’œuvre capables de faire face à la demande future. Il convient de garder à l’esprit la sensibilité de l’azobé par rapport à la concurrence d’autres espèces pionnières. Les sociétés forestières qui exploitent l’azobé doivent prendre systématiquement des mesures efficaces pour relancer sa régénération. Des recherches menées sur la génétique de l’espèce et sur la sélection de plants plus tolérants à la sécheresse pourraient permettre de favoriser sa plantation sur une plus grande échelle.

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Sources de l'illustration

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  • Wilks, C. & Issembé, Y., 2000. Les arbres de la Guinée Equatoriale: Guide pratique d’identification: région continentale. Projet CUREF, Bata, Guinée Equatoriale. 546 pp.

Auteur(s)

  • C. Doumenge, CIRAD, Campus International de Baillarguet TA-C-105/D, F-34398 Montpellier Cédex 5, France
  • V.O. Séné, Herbier National du Cameroun (Institut de Recherche Agricole pour le Développement IRAD), B.P. 1601, Yaoundé, Cameroon

Citation correcte de cet article

Doumenge, C. & Séné, V.O., 2012. Lophira alata Banks ex C.F.Gaertn. In: Lemmens, R.H.M.J., Louppe, D. & Oteng-Amoako, A.A. (Editeurs). PROTA (Plant Resources of Tropical Africa / Ressources végétales de l’Afrique tropicale), Wageningen, Pays Bas. Consulté le 16 septembre 2026.


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