Lycopodiella cernua (PROTA)

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Ressources végétales de l'Afrique tropicale
Introduction
Liste des espèces



Lycopodiella cernua (L.) Pic.Serm.


Protologue: Webbia 23: 166 (1968).
Famille: Lycopodiaceae
Nombre de chromosomes: 2n = 312

Synonymes

  • Lycopodium cernuum L. (1753),
  • Palhinhaea cernua (L.) Vasc. & Franco (1967).

Noms vernaculaires

  • Lycopode ornemental, fougère décorative (Fr).
  • Stag-horn moss, monkey’s paws, nodding club-moss (En).
  • Enxofre vegetal, licopódio brasileiro, palma de São João, pinheirinho do campo (Po).

Origine et répartition géographique

Lycopodiella cernua est présent dans toutes les régions tropicales et subtropicales, jusqu’au Japon, aux Açores et en Nouvelle-Zélande. On le trouve sur tout le continent africain, à Madagascar et aux Mascareignes, sauf dans les régions les plus arides.

Usages

Au Rwanda, la plante entière est broyée et appliquée sur les plaies comme pansement. En R.D. du Congo, la plante sert de répulsif contre les puces. A Madagascar, la décoction de la plante fait usage de tonique ; et en mélange avec Tristemma mauritianum J.F.Gmel., on s’en sert pour traiter les névralgies et l’hypertension. La plante entière se prépare en infusion qui se boit pour traiter les ulcères d’estomac. En Amérique tropicale et en Asie, elle a également plusieurs applications en médecine traditionnelle. En Asie du Sud-Est, la décoction de plante entière en usage externe s’emploie en lotion pour traiter le béribéri, la toux et l’asthme, et en embrocations pour traiter les éruptions cutanées et les abcès. En Amérique tropicale, elle sert de diurétique, ainsi que pour traiter la goutte, les œdèmes d’origine arthritique, les irritations de la peau, la gonorrhée, la leucorrhée et la dysenterie. Un remède traditionnel chinois à base de plantes de Lycopodiella cernua se prépare par ultrafiltration. Il s’administre dans le traitement des rhumatismes, de l’hépatite et de la dysenterie, et en usage externe on l’applique sur les ecchymoses, les brûlures causées par le feu ou l’eau bouillante. En Micronésie, Lycopodiella cernua fait office de répulsif contre les cafards. C’est également un substitut du kapok pour rembourrer les coussins. Au Gabon, les feuilles sont utilisées pour filtrer le vin de palme. Lycopodiella cernua est une plante ornementale tant d’intérieur que d’extérieur et qui se cultive partout. On l’utilise aussi en décoration florale, pour faire des couronnes et des paniers.

Propriétés

Les recherches phytochimiques menées sur Lycopodiella cernua ont montré la présence d’alcaloïdes tels que la cernuine et la lycocernuine, de flavonoïdes, apigénine et apigénine-7-glucoside, d’un triterpène, le serraténédiol, ainsi que, comme chez de nombreuses autres espèces de Lycopodiaceae, une forte concentration en aluminium (jusqu’à 12,5% des cendres). Des essais sur des rats ont montré qu’une injection d’un remède traditionnel chinois à base de Lycopodiella cernua était efficace contre la silicose expérimentale, non seulement comme prophylactique mais aussi pour soigner la maladie.

Description

Plante herbacée terrestre à tige principale rampante de longueur indéterminée, s’enracinant à longs intervalles ; pousses érigées distantes, rappelant de petits pins, atteignant jusqu’à 100 cm, partie basale simple, partie distale à nombreuses ramifications presque opposées, extrêmement composées et étalées, rameaux ultimes pendants à retombants. Feuilles disposées en spirale, linéaires-subulées, de 2–3(–5) mm × 0,1–0,3 mm, base largement décurrente, apex à pointe aiguë, bord entier, jaunâtre pâle ou brunâtres, épaisses mais molles, passant d’une forme nettement réfléchie, assez espacées les unes des autres sur l’axe de la pousse, à ascendantes en faucille et très rapprochées sur les rameaux ultimes. Structures en cône à l’extrémité des rameaux produisant des spores, sessiles, pendantes, ovoïdes à ellipsoïdes, de 3–15(–25) mm × 1,5–3(–5) mm ; sporophylles ovales à deltoïdes, d’environ 2 mm × 1 mm, bords grossièrement et irrégulièrement découpés, jaunâtres ou verdâtres ; sporange globuleux, s’ouvrant par des valves très inégales, dissimulé par la base de la sporophylle. Spores globuleuses, avec cicatrice à 3 pointes, légèrement ridées.

Autres données botaniques

Lycopodiella cernua a été placé dans le genre Palhinhaea sur la base de ses caractéristiques phytochimiques. Mais il est reconnu aujourd’hui que ce genre doit être traité comme une section de Lycopodiella, c.-à-d. la sect. Campylostachys. Au moins 40 variétés ont été décrites au sein de Lycopodiella cernua, dont la plupart ne se distinguent pratiquement pas les unes des autres. Lycopodiella cernua peut produire des spores toute l’année, mais il peut aussi passer la saison sèche sous forme de pointes de tiges enfouies tandis que le reste de la plante meurt.

Ecologie

Lycopodiella cernua est présent à la lisière des forêts, dans les forêts secondaires récentes, souvent au bord des marécages, dans les savanes herbeuses (dont les savanes herbeuses très humides), le long des routes et des chemins de fer, sur les parois de falaises humides, le versant des collines et les pentes montagneuses, jusqu’à 2400 m d’altitude. Il est abondant par endroits, parfois comme adventice. En Afrique australe, on ne le trouve pas dans les régions où la pluviométrie annuelle est inférieure à 600 mm. Il semble qu’il soit résistant aux incendies.

Gestion

Lycopodiella cernua peut être multiplié par marcottage des extrémités en cours de croissance. La récolte est effectuée sur les peuplements naturels au fur et à mesure des besoins. Les tiges et les rameaux frais sont mis en bottes et apportés sur les marchés pour y être vendus.

Ressources génétiques

Lycopodiella cernua est probablement le lycopode le plus abondant et répandu au monde, et il n’est donc pas menacé d’érosion génétique.

Perspectives

Il serait souhaitable d’approfondir les recherches sur les activités pharmacologiques de Lycopodiella cernua au vu de ses applications en médecine traditionnelle dans de nombreuses régions du monde et du fait que d’autres espèces de Lycopodiaceae ont des usages médicinaux. Il y a une forte demande en culture ornementale pour ce lycopode, et les recherches sur sa culture méritent plus d’attention.

Références principales

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Autres références

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Sources de l'illustration

  • Wulijarni-Soetjipto, N. & de Winter, W.P., 2003. Lycopodiella cernua (L.) Pic. Serm. In: de Winter, W.P. & Amoroso, V.B. (Editors). Plant Resources of South-East Asia No 15(2): Cryptogams: Ferns and fern allies. Backhuys Publishers, Leiden, Netherlands. pp. 121–123.

Auteur(s)

  • R.H.M.J. Lemmens, PROTA Network Office Europe, Wageningen University, P.O. Box 341, 6700 AH Wageningen, Netherlands

Citation correcte de cet article

Lemmens, R.H.M.J., 2008. Lycopodiella cernua (L.) Pic.Serm. In: Schmelzer, G.H. & Gurib-Fakim, A. (Editors). PROTA (Plant Resources of Tropical Africa / Ressources végétales de l’Afrique tropicale), Wageningen, Netherlands. Consulté le 19 avril 2026.


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