Pausinystalia johimbe (PROTA)

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Fibre


répartition en Afrique (sauvage)
1, base du fût ; 2, rameau en fleurs ; 3, feuille ; 4, fruit ; 5, graine. Redessiné et adapté par J.M. de Vries

Pausinystalia johimbe (K.Schum.) Pierre ex Du Puy & Beille


Protologue: Act. Soc. Linn. Bordeaux 61: 130 (1906).
Famille: Rubiaceae

Noms vernaculaires

  • Yohimbe, démarreur (Fr).
  • Johimbe, yohimbe (En).
  • Pau de Cabinda (Po).

Origine et répartition géographique

Pausinystalia johimbe couvre une aire qui va du sud du Nigeria jusqu’à Cabinda (Angola). Sa présence en R.D. du Congo reste à confirmer.

Usages

Les jeunes tiges sont utilisées en construction sous la forme de poteaux. Le bois sert de bois de feu. L’écorce est employée pour la construction d’habitations, et l’écorce interne sert à confectionner des sangles de sacoches pour la chasse. On utilise les jeunes gaules pour fabriquer des collets et des pièges.

Les préparations à base d’écorce sont très utilisées comme aphrodisiaques et stimulants. Au Cameroun, par exemple, l’écorce est connue familièrement sous le nom de “viagra africain”. Au Gabon, on mâche de petites quantités d’écorce pour dissiper le sommeil, tandis que comme aphrodisiaque elle est plus fréquemment utilisée et en plus grandes quantités. On s’en sert également d’anesthésiant local, d’hallucinogène, dans le traitement de l’angine, contre la constipation et les vers intestinaux, pour améliorer les performances sportives, et pour renforcer la clarté de la voix des chanteurs. Au Congo, la décoction d’écorce se boit en cas de douleurs pelviennes. Au Gabon, l’écorce sert de poison de pêche.

L’écorce est la source normale d’un alcaloïde, la yohimbine, qui figure dans plusieurs pharmacopées europénnes pour son activité sympatholytique, hypotensive et d’anesthésiant local. Les produits à base de yohimbine sont très utilisés comme aphrodisiaques en Occident, soit via l’industrie pharmaceutique soit via les marchés de produits phytothérapeutiques. En médecine occidentale, les médicaments à base de yohimbine servent surtout dans le traitement de l’impuissance masculine liée au diabète. Ils servent également de compléments alimentaires dans le cadre d’une perte de poids. Aux Etats-Unis, on a remarqué qu’ils servaient de compléments alimentaires pour remplacer les stéroïdes anabolisants et améliorer les performances des sportifs. Cependant, dans une étude portant sur la teneur en alcaloïdes de 26 produits à base de yohimbe vendus dans des magasins de détail d’alimentation diététique aux Etats-Unis, il est apparu que 9 d’entre eux ne contenaient pas de yohimbine, 8 seulement en contenaient d’infimes quantités, et que le produit qui présentait la plus forte teneur en yohimbine n’en contenait que 0,05%. Au Royaume-Uni, les médicaments à base de yohimbine sont à la mode sous le nom de “herbal highs”.

Production et commerce international

L’écorce fait l’objet d’un commerce intensif sur les marchés locaux et d’exportation. La majeure partie de l’écorce qui entre dans les échanges commerciaux provient du Cameroun. Entre 1985–1991, les exportations annuelles d’écorce camerounaise s’élevaient à 286 t, dont 65% à destination des Pays-Bas, 18% de l’Allemagne, 11% de la Belgique/Luxembourg et 6% de la France. Les exportations d’écorce en provenance du Cameroun pour la période 1997–1998 ont atteint 715 t, pour une valeur d’environ US$ 600 000. Néanmoins, il est probable qu’une grande partie des exportations d’écorce ne provient pas de Pausinystalia johimbe mais de Pausinystalia macroceras (K.Schum.) Pierre, dont la teneur en yohimbine est inférieure.

Propriétés

Le bois de cœur, ocre-jaune, ne se distingue pas nettement de l’aubier fin et jaune. Le fil est fin. C’est un bois modérément lourd, avec une densité de 650–750 kg/m³ à 12% d’humidité, et modérément dur.

Les cellules de la fibre libérienne font 0,7–1,6 mm de long, avec un diamètre de 22–29 μm. L’écorce de Pausinystalia johimbe contient jusqu’à 6% d’alcaloïdes. La teneur en alcaloïdes est élevée dans l’écorce de la racine et dans l’écorce du fût, moindre dans l’écorce des branches, et très faible dans les feuilles. A l’intérieur du fût, la teneur en alcaloïdes augmente du bas vers le haut. Au nombre des alcaloïdes présents dans Pausinystalia johimbe figure la yohimbine (10–15%), la mésoyohimbine, la yohimbinine, la corynanthine, l’alloyohimbine et l’ajamalicine.

La yohimbine (également connue sous les noms d’aphrodine, de québrachine ou de corynine) est un inhibiteur sélectif des récepteurs α-2-adrénergiques. A faibles doses, elle a une activité hypertensive tandis qu’à fortes doses elle est hypotensive, grâce à la vasodilatation des vaisseaux périphériques. La yohimbine accélère le rythme cardiaque et les taux de norépinéphrine. La yohimbine est employée comme aphrodisiaque car elle a pour effet de dilater les vaisseaux sanguins des organes sexuels, et donc d’augmenter l’irrigation sanguine, tout en exaltant les réflexes liés au contrôle de l’éjaculation. Des essais ont montré que grâce au traitement à base de yohimbine, la libido était améliorée et l’éjaculation facilitée. Les effets de la yohimbine sur les muscles lisses favorisent le tonus et le mouvement de l’intestin. Elle agit également sur les récepteurs α -2-adrénergiques des adipocytes, provoquant une augmentation de la lipolyse. Toutefois, des essais en double aveugle concernant l’efficacité de la yohimbine sur la réduction de poids ont abouti à des résultats contradictoires, et on ignore donc si la yohimbine est efficace pour réduire la masse corporelle. Un large éventail des effets indésirables de la yohimbine a été signalé, qui vont de l’hypertension au délire, au bronchospasme, à l’anxiété, à l’agitation, en passant par des hallucinations, des vertiges, des problèmes d’estomac, des maux de tête et une faiblesse. Elle peut aussi interagir avec les antidépresseurs. Les personnes notamment qui souffrent d’hypertension, de problèmes de prostate ou d’affections cardiaques sont mises en garde contre l’utilisation de produits à base de yohimbine.

L’ajamalicine a également un effet vasodilatateur. La corynanthine ressemble beaucoup à la yohimbine, mais est plus active en tant qu’agent sympatholytique et moins toxique. L’écorce contient également des tanins.

Falsifications et succédanés

L’écorce de Pausinystalia johimbe est fréquemment frelatée par celle d’autres Pausinystalia et Corynanthe spp., dont la teneur en yohimbine est plus faible.

Description

  • Arbre de taille moyenne atteignant 30(–35) m de haut, sempervirent ; fût droit, atteignant 50(–60) cm de diamètre, dépourvu de contreforts mais sillonné à la base ; écorce se détachant facilement, au goût amer, surface de l’écorce fissurée longitudinalement, à crevasses transversales, grise à brun rougeâtre, écorce interne fibreuse, rosée, virant au brun rougeâtre à l’exposition ; cime compacte, à branches en verticilles.
  • Feuilles en verticilles de 3, simples ; stipules de 1,5–2 cm de long, glabres, caduques ; pétiole jusqu’à 5(–8) mm de long ; limbe obovale ou oblancéolé, de (11–)13–47 cm × 5–17,5(–19) cm, base cordée, cunéiforme ou arrondie, apex courtement acuminé, bord souvent ondulé, glabre, pennatinervé à (8–)10–20 paires de nervures latérales.
  • Inflorescence : panicule terminale ou axillaire de 5–21(–30) cm × 9–15 cm, branches en verticilles de 3, avec des fleurs groupées à l’extrémité des branches, axes principaux glabres ; pédoncule de 0,5–5 cm de long, à 3 côtes.
  • Fleurs bisexuées, régulières, (4–)5(–6)-mères, parfumées ; calice constitué d’un tube court et de lobes triangulaires ou arrondis d’environ 0,5 mm de long, poilu ; corolle blanche, quelquefois jaunâtre, rouge ou violette, à tube composé d’une étroite partie basale d’environ 0,5 mm de long et d’une vésicule apicale de 1,5–2,5 mm de long, poilue à l’intérieur, glabre à l’extérieur, aux lobes érigés, courtement dentés, chacun présentant un appendice linéaire de 8–20(–25) mm de long ; étamines attachées à la base de la vésicule de la corolle, alternant avec les lobes, sessiles ; ovaire infère, 2(–3)-loculaire, style de 1–2 mm de long, stigmate 2-lobé.
  • Fruit : capsule oblongue, comprimée, de 10–16 mm × 5–7 mm, déhiscente par 4 valves, contenant de nombreuses graines.
  • Graines oblongues, de 8–12 mm × 1,5–2,5 mm, comprimées, ailées.

Autres données botaniques

Le genre Pausinystalia comprend 5 espèces présentes en Afrique de l’Ouest et centrale. Il est très proche de Corynanthe.

Pausinystalia johimbe diffère de Pausinystalia macroceras par ses feuilles de plus grande taille à courts pétioles ou sans pétioles. Par ailleurs, l’écorce de Pausinystalia johimbe a un goût très amer et se détache facilement, contrairement à celle de Pausinystalia macroceras qui est moins amère et difficile à retirer. Les différences de caractéristiques de la tranche, souvent présentées comme distinctives, ne sont pas fiables.

Croissance et développement

La lumière est indispensable à la germination et au bon développement des semis, et le taux de survie des semis sous un couvert forestier fermé est très faible. La croissance est habituellement rapide même si le diamètre de fût ne dépasse jamais les 50–60 cm. Sur l’ensemble de son aire, Pausinystalia johimbe fleurit habituellement en août–février, et donne des fruits en septembre–mars. La pollinisation se fait probablement grâce aux insectes. D’immenses quantités de graines sont produites chaque année ; elles sont disséminées par le vent. Pausinystalia johimbe rejette bien à partir de souches et donne des pousses résistantes et fortement phototropiques.

Ecologie

Pausinystalia johimbe se rencontre dans la forêt sempervirente de basse altitude, aussi bien primaire que secondaire, à des densités relativement faibles.

Multiplication et plantation

Des essais de multiplication végétative, réalisés à partir de boutures feuillées à un seul nœud, ont donné de bons résultats. La multiplication par graine est également possible, mais les graines sont difficiles à récolter. Par ailleurs, le taux de survie des semis s’est révélé très faible au cours des essais. Des sauvageons prélevés dans la forêt ont montré des taux de survie faibles et des taux de croissance bas.

Gestion

Bien que l’on déclare souvent que Pausinystalia johimbe est commun, des inventaires menés au Cameroun et en Guinée équatoriale dans les années 1990 indiquent que l’on compte en moyenne seulement 15 plants/ha ayant un diamètre supérieur à 1 cm et 4 arbres/ha dont le diamètre dépasse les 10 cm.

Le Centre mondial d’agroforesterie (ICRAF) a lancé un programme de recherche destiné à étudier les possibilités éventuelles d’une domestication de Pausinystalia johimbe et son introduction possible dans des systèmes agroforestiers. Au vu des premiers résultats, il pousserait facilement en association avec des cultures vivrières annuelles.

Maladies et ravageurs

L’élimination de larges bandes d’écorce peut favoriser la pénétration de la tige, qui n’est alors plus protégée, par des foreurs, puis provoquer la mort de l’arbre.

Récolte

Les arbres sont exploités lorsqu’ils ont atteint environ 10 cm de diamètre de fût. Les taux de yohimbine étant plus élevés pendant la saison des pluies, la récolte est une activité saisonnière. On écorce normalement l’arbre une fois qu’il a été abattu à cet effet, ce qui rend son exploitation non durable. Il vaudrait mieux écorcer les arbres sur pied, ce qui leur permettrait de rester vivants et de renouveler leur écorce en l’espace de 2 ans. Cependant, les exploitants prétendent souvent que l’arbre mourra de toute façon après l’écorçage d’une partie de son écorce, à cause des attaques des foreurs de la tige. Bien qu’il faille un permis pour récolter l’écorce au Cameroun, ce sont souvent des habitants locaux qui s’en chargent et qui sont rémunérés pour cela à la livraison par des commerçants. Les employés des sociétés forestières peuvent aussi récolter l’écorce après l’abattage des bois d’œuvre dans une zone.

Traitement après récolte

L’écorce est commercialisée en morceaux séchés plats ou cintrés d’1 m de long ou bien broyés.

Ressources génétiques

La forte demande de médicaments à base d’écorce de Pausinystalia johimbe a provoqué sa surexploitation et pourrait conduire à une pénurie locale de l’espèce, voire à sa mise en péril à long terme.

Perspectives

Le bois a beau être de bonne qualité, le diamètre relativement faible de ses fûts limite sa facilité d’utilisation. Pourtant, on pense qu’il pourrait parfaitement remplacer Khaya ivorensis A.Chev. Il n’en demeure pas moins que Pausinystalia johimbe demeurera certainement plus important en tant que source de médicaments locaux à base de yohimbine plutôt que comme source de bois d’œuvre.

La forte demande de médicaments à base d’écorce a provoqué la surexploitation des peuplements naturels. L’arbre étant facilement multiplié par voie végétative, il pourrait cependant être introduit dans des systèmes agroforestiers, ce qui soulagerait la pression qui s’exerce sur les peuplements naturels. A cet effet, il est recommandé de mener des études sur le système de reproduction (la présence d’auto-incompatibilité) de Pausinystalia johimbe, sur la dormance et la germination des graines et sur la survie des semis.

La prudence doit être de mise lors de l’utilisation des produits à base de yohimbine à des fins médicinales, à cause des risques d’effets secondaires qui ont été signalés. La teneur en yohimbine et autres alcaloïdes présents dans l’écorce pouvant fluctuer énormément, l’utilisation de produits bruts s’avère encore plus dangereuse que celle de produits présentant une quantité connue de yohimbine. Dès lors, il convient de prendre les produits à base de yohimbine avec prudence et sous la surveillance d’un spécialiste uniquement, et en aucun cas dans le cadre d’une auto-médication.

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Sources de l'illustration

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Auteur(s)

  • R.B. Jiofack Tafokou, Ecologic Museum of Cameroon, P.O. Box 8038, Yaoundé, Cameroon

Citation correcte de cet article

Jiofack Tafokou, R.B., 2012. Pausinystalia johimbe (K.Schum.) Pierre ex Beille. In: Lemmens, R.H.M.J., Louppe, D. & Oteng-Amoako, A.A. (Editeurs). PROTA (Plant Resources of Tropical Africa / Ressources végétales de l’Afrique tropicale), Wageningen, Pays Bas. Consulté le 16 septembre 2026.