Phoenix reclinata (PROTA)

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Ressources végétales de l'Afrique tropicale
Introduction
Liste des espèces


Importance générale
Répartition en Afrique
Répartition mondiale
Fruit
Légume
Stimulant
Glucides / amidon
Colorant / tanin
Médicinal
Bois d'œuvre
Bois de feu
Ornemental
Fourrage
Auxiliaire
Fibre
Sécurité alimentaire
Changement climatique


Phoenix reclinata Jacq.


Protologue: Fragm. Bot. 1: 27 (1801).
Famille: Arecaceae (Palmae)
Nombre de chromosomes: n = 18

Synonymes

  • Phoenix abyssinica Drude (1895),
  • Phoenix comorensis Becc. (1906).

Noms vernaculaires

  • Dattier sauvage, dattier du Sénégal, dattier nain du Sénégal, dattier de marais, faux dattier (Fr).
  • Wild date palm, Senegal date palm, swamp date palm, false date palm (En).
  • Palmeira da tara (Po).
  • Mkindu (Sw).

Origine et répartition géographique

Phoenix reclinata se rencontre dans toute l’Afrique subsaharienne, du Sénégal et de la Gambie jusqu’en Somalie et vers le sud jusqu’en Afrique du Sud et à Madagascar. Il est également présent en Egypte, en Arabie saoudite et au Yémen. Phoenix reclinata est couramment planté comme ornemental dans les régions tropicales et subtropicales, également en dehors de l’Afrique tropicale.

Usages

Les folioles ou bandes de folioles des jeunes feuilles non dépliées sont couramment utilisées pour faire des nattes, des sacs, des paniers, des chapeaux, des tamis, des cordes, des ficelles, des filets de pêche, des pièges, des parasols et des ornements. Des bandes de feuilles matures sont utilisées pour tisser des chapeaux. Les pétioles et rachis de feuilles matures fendus sont utilisés pour du tissage grossier, par ex. de paniers, de nattes et de nasses, et pour le liage. Les rachis entiers sont utilisés pour faire des huttes et des parcs à poissons. Les Massaïs utilisent les rachis pour nettoyer les calebasses. Les feuilles sont utilisées pour la couverture des toits et comme éventails. On fabrique des balayettes avec la tige en martelant son extrémité jusqu’à ce que les fibres se séparent. Les inflorescences séchées sont également utilisées comme balais.

Le tronc, bien qu’il soit souvent courbe, est très utilisé dans la construction de huttes, de maisons, de clôtures, de ponts, de débarcadères, de pièges et de ruches. Au Ghana, le bois est transformé en tambours. Il s’emploie aussi comme bois de feu et est approprié pour la production de charbon de bois. La base du tronc est parfois consommée. Le palmier est saigné pour la sève qui est fermentée en vin de palme. Le bourgeon apical est consommé comme légume (“cœur de palmier”) ; il est réputé légèrement amer. Les fruits mûrs sont consommés, parfois après avoir été immergés dans de l’eau bouillante pendant un moment. En Sierra Leone, les amandes sont grillées puis broyées en farine pour la consommation. Les graines torréfiées servent parfois de succédané du café. Les racines donnent une gomme comestible et contiennent des tanins. Au Kenya et en Tanzanie, on obtient un colorant brun à partir des racines. Phoenix reclinata est couramment planté comme ornemental et par endroits pour l’ombrage et l’agrément. On utilise les feuilles et les pétioles pour fixer les dunes.

En médecine traditionnelle, au Sénégal, des macérations de racine sont considérées astringentes et prises pour traiter les maux d’estomac et la diarrhée, la décoction du bourgeon apical est utilisée dans les bains et potions contre la fatigue, et des préparations à base de folioles sont appliquées en externe pour traiter des maladies oculaires. En Côte d’Ivoire, on utilise le fruit pour traiter la stérilité chez les femmes. En Ouganda, les racines écrasées mélangées à du jus de banane ou de la bière sont prises contre la gonorrhée et l’impuissance, et les feuilles fraîches sont mastiquées et avalées contre les douleurs abdominales. En Tanzanie, on boit la décoction de racine contre l’épilepsie.

Dans différents pays, les feuilles ont des usages cérémoniels. Au Sénégal, elles servent à confectionner des pagnes portés lors de cérémonies de circoncision. En Ethiopie, les feuilles sont utilisées le dimanche des Rameaux de l’Eglise orthodoxe et comme décoration pour les mariages. Entre le dimanche des Rameaux et Pâques, les enfants utilisent les jeunes folioles tendres pour faire des bagues.

Production et commerce international

Les feuilles et les produits tissés qui en sont issus sont par endroits vendus sur le marché.

Propriétés

Les nattes et les paniers fabriqués avec les folioles de Phoenix reclinata sont très durables. Le bois est brun pâle et, séché à l’air, il a une densité de 590 kg/m³. Il est durable et résistant aux attaques de termites et de champignons.

Le fruit est plus petit que celui du vrai dattier (Phoenix dactylifera L.) et lui est inférieur. Le fruit contient, par 100 g de partie comestible : eau 36,1 g, énergie 858 kJ (205 kcal), protéines 3,2 g, lipides 0,7 g, glucides 46,3 g, fibres brutes 9,8 g, cendres 3,9 g, Ca 51 mg, Mg 79 mg, P 33 mg, Fe 182 mg, Zn 0,8 mg, thiamine 0,03 mg, riboflavine 0,02 mg et niacine 1,16 mg (Wehmeyer, 1986). Les graines sans tégument contiennent par 100 g de partie comestible : eau 42,6 g, énergie 950 kJ (227 kcal), protéines 1,8 g, lipides 0,2 g, glucides (dont fibres) 53,8 g, fibres 2,9 g, cendres 1,6 g, Ca 32 mg, P 56 mg et Fe 4,7 mg (Leung, Busson & Jardin, 1968).

Le vin de palme (3,6% alcool) contient par 100 g : eau 98,3 g, énergie 131 kJ (31 kcal), protéines 0,2 g, glucides 1,1 g, cendres 0,4 g, Ca 0,45 mg, Mg 5,1 mg, P 1,74 mg, Fe 0,07 mg, Zn 0,02 mg, thiamine 0,01 mg, riboflavine 0,01 mg, niacine 0,50 mg et acide ascorbique 6,5 mg (Wehmeyer, 1986). Le vin de palme de Phoenix reclinata est moins apprécié que celui du palmier à huile (Elaeis guineensis Jacq.) en Afrique de l’Ouest, et que celui de Hyphaene coriacea Gaertn. et de Hyphaene petersiana Mart. en Afrique australe.

Des extraits à l’éthanol des feuilles ont montré des propriétés anticancéreuses.

Falsifications et succédanés

Du matériau de tissage, de construction, du vin de palme et des fruits comestibles sont obtenus à partir de nombreuses autres espèces de palmiers.

Description

Arbre dioïque, habituellement à troncs multiples, rarement à tronc unique, atteignant 15 m de haut, formant souvent des fourrés denses ; tronc atteignant 10(–12) m de haut, érigé ou oblique, non ramifié, cylindrique, atteignant 25(–40) cm de diamètre, brun terne, la partie supérieure à gaines foliaires persistantes, la partie inférieure exempte de gaines mais à nettes cicatrices foliaires, exsudant une gomme jaunâtre claire lorsqu’il est blessé. Feuilles groupées à l’extrémité du tronc, pennées, atteignant 4 m de long, s’engainant à la base, arquées ; gaine se divisant, persistante, brun-rougeâtre, fibreuse ; vrai pétiole d’environ 15 cm de long, pétiole apparent d’environ 50 cm de long, avec de chaque côté 10–15 acanthophylles de 3–10 cm de long disposés de façon irrégulière ; folioles jusqu’à 130 de chaque côté du rachis, disposées un par un et régulièrement vers le haut, en groupes de 2–5 vers la base, sessiles, linéaires-lancéolées, atteignant 50(–60) cm × 3,5 cm, pliées une fois, raides, pointues, se divisant le long de la nervure médiane lorsqu’elles vieillissent, vert vif, souvent brillant, portant un indument blanc sur la face inférieure à l’état jeune, bord finement épineux. Inflorescence unisexuée, axillaire, entre les feuilles, ramifiée à 1 ordre ; prophylle de 20–70 cm × 5–10 cm, 2-caréné, souvent persistant et se divisant longitudinalement en 2 moitiés, orange-brun à l’anthèse, dégradé à gris-brun terne ; inflorescence mâle érigée, à pédoncule s’allongeant peu, parfois émergeant à peine de la bractée, pédoncule de 10–30 cm de long, fortement comprimé, rachis jusqu’à 30 cm de long, jusqu’à 70 rachilles, disposées en groupes et en spirales partielles, atteignant 20 cm de long ; inflorescence femelle érigée, mais s’arquant avec les fruits, de 30–80 cm de long, émergeant de la bractée et s’allongeant souvent fortement après l’anthèse, les rachilles en fruits retombantes, pédoncule atteignant 60 cm de long, rachilles jusqu’a 40(–60), disposées en spirale, atteignant 55 cm de long, portant jusqu’à 50 fleurs, fleurs solitaires ou en petits groupes. Fleurs unisexuées ; fleurs mâles blanc crème, devenant rapidement brunes, à odeur de moisi, calice en coupe, d’environ 1 mm de long, à 3 lobes triangulaires, corolle tubuleuse à la base à 3 lobes de 6–7 mm de long, aigus, un peu dentés vers l’apex, charnus, étamines 6, épipétales, plus courtes que les pétales ; fleurs femelles verdâtres, arrondies, d’environ 2 mm de diamètre, calice en coupe, d’environ 1,5 mm de long, à 3 lobes triangulaires, pétales 3, libres, arrondis, atteignant 5 mm de long, se chevauchant de près, staminodes 6, stigmates réfléchis. Fruit : drupe ovoïde-ellipsoïde ou presque obovoïde de 13–25 mm × 7–15 mm, jaune pâle à orange ou rouge terne, lisse, calice et pétales persistants, mésocarpe de 1–2 mm d’épaisseur, sec ou humide, contenant 1 graine. Graines obovoïdes, de 10–15 mm × 5–9 mm, profondément cannelées sur un côté.

Autres données botaniques

Le genre Phoenix comprend environ 13 espèces dans les zones tropicales et subtropicales de l’Ancien Monde, depuis les îles Canaries jusqu’à Hong Kong. Phoenix reclinata s’hybride avec le vrai dattier (Phoenix dactylifera) et d’autres espèces de Phoenix.

Croissance et développement

Avec un apport en eau adéquat, Phoenix reclinata peut atteindre une hauteur de 5 m en 3–4 ans. Phoenix reclinata forme des drageons et est souvent présent en touffes d’un arbre-mère entouré de petits arbres. En Afrique australe, il fleurit habituellement en août–décembre, et les fruits sont mûrs en février–mai. Les Phoenix spp. sont pléonanthiques, c’est-à-dire que les tiges ne meurent pas après la floraison. Les graines sont disséminées par les animaux consommant les fruits, notamment des oiseaux, des éléphants, des lémuriens et des singes.

Ecologie

Phoenix reclinata est présent du niveau de la mer jusqu’à 3000 m d’altitude dans de nombreux milieux, souvent inondés de manière saisonnière, tels que les bords de marécages, de lacs et des cours d’eau en forêt, dans la forêt claire et la savane arborée, mais également sur des pentes rocailleuses ouvertes. Il forme parfois des bosquets. Au Sénégal, il est également présent en fourrés en lisière des sols salins. Phoenix reclinata préfère l’ensoleillement direct mais tolère un léger ombrage. Il tolère également un léger gel. Dans le delta de l’Okavango (Botswana), il est souvent associé à des termitières.

Multiplication et plantation

Phoenix reclinata peut se multiplier par graines ou par drageons. La graine est séparée de la pulpe du fruit par trempage dans de l’eau froide pendant 3 jours et en changeant l’eau toutes les 12 heures. Le poids de 1000 graines est de 200–1100 g. Les graines peuvent être conservées, mais les graines fraîches germent mieux. La germination débute habituellement dans les 10 jours, mais peut prendre jusqu’à 90 jours.

Gestion

L’élimination de toutes les feuilles du palmier doit être évitée car l’arbre peut en mourir. Lorsque les arbres sont saignés pour le vin de palme, la tige meurt généralement une fois saignée, mais la touffe survit. En Afrique du Sud, on estime qu’un rejet de touffe a besoin de 6–8 ans de croissance avant de pouvoir être saigné.

Maladies et ravageurs

Phoenix reclinata est légèrement sensible au jaunissement mortel, provoqué par un phytoplasme.

Récolte

Le vin de palme peut être obtenu d’arbres coupés ou sur pied. En Côte d’Ivoire, l’arbre est abattu, toutes les feuilles sont retirées et le bourgeon terminal est coupé. Une cavité est creusée dans laquelle un brandon est appliqué afin d’activer l’écoulement de la sève. La collecte de la sève débute 3–4 jours après au moyen d’une gouttière reliée à une calebasse. La récolte est effectuée deux fois par jour, et à chaque fois on recoupe le bourgeon terminal. La récolte dure 1–2 mois. En Afrique australe, on saigne des arbres sur pied. Une touffe est d’abord brulée pour éliminer le sous-bois et les épines des feuilles, puis les tiges sélectionnées sont parées au moyen d’un couteau pointu pour déclencher l’écoulement de la sève. Puis la tige et la base des jeunes feuilles sont coupées selon un angle léger pour guider la sève dans une gouttière et un récipient. Pendant les 5–7 semaines de la saignée, la base des feuilles est parée 2–3 fois par jour, jusqu’à ce qu’elles soient entièrement coupées.

Traitement après récolte

Pour la production de paniers en Tanzanie, les folioles individuelles sont tissées pour faire des bandes d’environ 3–5 cm de large, qui sont cousues ensemble côte-à-côte en natte, ou enroulées pour fabriquer des paniers.

Après la saignée, le vin de palme est habituellement laissé à fermenter pendant environ 36 heures avant d’être consommé.

Ressources génétiques

Comme Phoenix reclinata est largement réparti, qu’il est présent dans de nombreux milieux et qu’il forme facilement des drageons, l’espèce n’est pas menacée.

Sélection

Il semble qu’il y ait quelque variabilité dans la qualité des fruits, qui sont signalés soit comme doux et savoureux soit comme immangeables, ce qui peut représenter une piste pour le travail de sélection.

Perspectives

Phoenix reclinata est une source locale importante pour de nombreux produits, dont des fibres, du matériau de construction, des aliments, du fourrage, du vin de palme, du tanin et des médicaments traditionnels, et il le restera sans doute à l’avenir. La recherche sur les propriétés et les pratiques de gestion peut être intéressante, et des investigations sur la variabilité infraspécifique de la qualité des fruits et d’autres produits peuvent ouvrir des perspectives pour le futur travail de sélection.

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Sources de l'illustration

  • Akoègninou, A., van der Burg, W.J. & van der Maesen, L.J.G. (Editors), 2006. Flore analytique du Bénin. Backhuys Publishers, Leiden, Netherlands. 1034 pp.

Auteur(s)

  • K. Segu, AMBERO-GITEC Participatory Forest Management Project, GTZ Sustainable Land Management Programme, P.O. Box 12631, Addis Ababa, Ethiopia

Citation correcte de cet article

Segu, K., 2011. Phoenix reclinata Jacq. [Internet] Fiche de PROTA4U. Brink, M. & Achigan-Dako, E.G. (Editeurs). PROTA (Plant Resources of Tropical Africa / Ressources végétales de l’Afrique tropicale), Wageningen, Pays Bas. <http://www.prota4u.org/search.asp>.

Consulté le 17 septembre 2026.


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