Phyllanthus maderaspatensis (PROTA)

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Ressources végétales de l'Afrique tropicale
Introduction
Liste des espèces


Importance générale
Répartition en Afrique
Répartition mondiale
Médicinal


Phyllanthus maderaspatensis L.


Protologue: Sp. pl. 2: 982 (1753).
Famille: Euphorbiaceae (APG: Phyllanthaceae)
Nombre de chromosomes: 2n = 26, 52

Noms vernaculaires

  • Seaside laurel, canoe weed (En).

Origine et répartition géographique

Phyllanthus maderaspatensis est répandu en Afrique tropicale et sur les îles de l’océan Indien. Il se rencontre dans toutes les régions tropicales et subtropicales de l’Ancien Monde.

Usages

On prête au jus de la plante et à la décoction de feuilles des vertus émétiques et purgatives. En Tanzanie, la plante entière est écrasée et la solution s’applique pour soigner la gale. La décoction de racine se prend pour soigner la constipation, la diarrhée, le manque d’appétit, les douleurs intestinales, les problèmes menstruels, les affections gastro-intestinales, les œdèmes testiculaires, les douleurs thoraciques et les morsures de serpent. Les troubles gastro-intestinaux chez les nourrissons se traitent avec de la décoction de racine de Phyllanthus maderaspatensis et Chamaecrista mimosoides (L.) Greene. Le jus de plante sert en gouttes nasales pour traiter les maux de dents. Les feuilles broyées se frictionnent sur la peau avec du jus de citron comme traitement contre les rhumatismes. Au Niger, la plante est utilisée comme aphrodisiaque. En Somalie, Phyllanthus maderaspatensis est considéré comme une plante toxique.

En Inde, Phyllanthus maderaspatensis est couramment utilisé en médecine pour traiter les maux de tête, la bronchite, l’otalgie et l’ophtalmie. La poudre de plante séchée, mélangée à du lait, se boit pour traiter la jaunisse.

Au Kenya, on fait brûler des plantes pour enfumer les chenilles du maïs afin de les éliminer. Les vaches ne broutent Phyllanthus maderaspatensis que lorsqu’il est vert.

Production et commerce international

Phyllanthus maderaspatensis a une valeur de subsistance dans la plupart des régions d’Afrique ; les plantes sont commercialisées à l’échelle locale sur les marchés. Sa valeur commerciale est attribuable aux produits pharmaceutiques obtenus industriellement, pour lesquels les diverses parties végétales se récoltent sur des plantes sauvages.

Propriétés

Des analyses montrent que les extraits des parties aériennes de Phyllanthus maderaspatensis contiennent des résines, des stéroïdes, des triterpénoïdes, des alcaloïdes, des composés phénoliques, des tanins et des saponines, mais pas d’hétérosides. La plante contient également des lignanes, la phyllanthine et l’hypophyllantine, responsables de l’activité hépatoprotectrice, mais en faibles concentrations.

Des extraits au butanol, à l’éthanol et à l’eau de la plante entière ont démontré leur capacité à lier le virus de l’hépatite B et les antigènes E. On a constaté que l’extrait au n-hexane avait une activité hépatoprotectrice marquée et une activité antioxydante ainsi que stimulante sur la production de bile. L’activité antioxydante est attribuée aux composés phénoliques. Les résultats d’essais menés sur des souris indiquent nettement que l’extrait à l’éthanol a un effet protecteur contre la toxicité induite à l’adriamycine ; il a en outre un effet antioxydant.

Phyllanthus maderaspatensis s’avère avoir une activité antibactérienne et antifongique. Les graines ont confirmé leurs propriétés laxatives, carminatives et diurétiques. Une grande partie des usages médicinaux de Phyllanthus maderaspatensis est liée à l’action astringente des tanins. Si les effets à court terme peuvent être bénéfiques, l’usage fréquent et systématique de tanins peut être dangereux, en raison de leurs effets antinutritifs.

Une huile claire de couleur jaune foncé peut être extraite des graines ; elle contient les acides myristique, palmitique, stéarique, oléique et linolénique, et du β-sitostérol. Le tourteau de graines dégraissé contient un mucilage fibreux qui peut s’hydrolyser en galactose, arabinose, rhamnose et acide aldobionique.

Falsifications et succédanés

En Inde, il existe un remède phytothérapeutique commercialisé sous le nom de “Bhumyamlaki” : il peut s’agir soit de Phyllanthus amarus Schumach. & Thonn. pur, soit de Phyllanthus maderaspatensis pur, soit d’un mélange avec Phyllanthus fraternus G.L.Webster. Il est vendu comme médicament surtout destiné aux affections hépatiques.

Description

Plante herbacée monoïque, annuelle ou vivace, érigée à étalée, non ramifiée à très ramifiée, glabre, atteignant 90(–120) cm de haut ; rameaux anguleux, teintés de rouge ou de brun. Feuilles disposées en spirale, simples et entières ; stipules triangulaires-lancéolées asymétriques, atteignant 4 mm de long, persistantes ; pétiole d’environ 1 mm de long ; limbe linéaire à oblancéolé, de 10–30 mm × 2–7 mm, base cunéiforme à arrondie, apex aigu à arrondi. Inflorescence : petit fascicule axillaire ; fleurs femelles solitaires à proximité de la base du rameau, 1–4 fleurs mâles et 1 fleur femelle regroupées vers son extrémité. Fleurs unisexuées, régulières ; lobes du périanthe 6, en 2 verticilles, disque à 6 glandes libres ; fleurs mâles à pédicelle jusqu’à 1 mm de long, lobes du périanthe elliptiques, d’environ 1 mm de long, étamines 3, d’environ 1 mm de long, filets soudés, anthères exsertes ; fleurs femelles à pédicelle d’environ 2 mm de long, lobes du périanthe d’environ 2 mm de long, ovaire supère, ovoïde, 3-loculaire, styles 3, libres, bifides à l’apex. Fruit : capsule globuleuse, aplatie aux deux extrémités, d’environ 3 mm de diamètre, verdâtre brillant nuancé de rouge, contenant 6 graines. Graines trigones, d’environ 1,5 mm de long, brun foncé, brillantes.

Autres données botaniques

Phyllanthus est un genre important comprenant environ 750 espèces dans les régions tropicales et subtropicales, avec environ 150 espèces en Afrique tropicale continentale et une soixantaine à Madagascar et sur les îles de l’océan Indien. Une classification subgénérique de Phyllanthus est en préparation. Phyllanthus maderaspatensis est une espèce variable et on en distingue plusieurs variétés.

Un certain nombre d’autres Phyllanthus spp. ont le même mode de ramification, dans lequel tous les rameaux se ressemblent ; 2 sont utilisées en médecine.

Phyllanthus beillei

Phyllanthus beillei Hutch. (synonyme : Phyllanthus welwitschianus Müll.Arg. var. beillei (Hutch.) A.R.-Sm.) est présent depuis la Guinée jusqu’au Kenya et en Tanzanie et dans toute l’Afrique australe. La décoction de racine se prend comme aphrodisiaque au Kenya.

Phyllanthus welwitschianus

Phyllanthus welwitschianus Müll.Arg. se rencontre en Afrique australe ; en Angola, les feuilles servent à panser les plaies.

Croissance et développement

Les plantes peuvent fleurir 3 mois après la germination des graines.

Ecologie

Phyllanthus maderaspatensis est présent dans la forêt claire décidue, la savane boisée et la savane herbeuse, sur les plages et les dunes, et également le long des rivières et des lacs, dans les endroits cultivés et perturbés, depuis le niveau de la mer jusqu’à 1400 m d’altitude. Il pousse sur des sols de nature très diverse, habituellement sur les sols argileux et alluviaux lourds à basse altitude dans les vallées fluviales, sur les berges de rivière et dans les plaines inondables. En dehors de l’Afrique tropicale, Phyllanthus maderaspatensis est souvent considéré comme une adventice. En région tropicale humide, il montre une nette préférence pour les sites calcaires.

Multiplication et plantation

Les graines de Phyllanthus maderaspatensis ont besoin de lumière pour germer. Les taux de germination augmentent de façon linéaire avec la température entre 15–35°C et déclinent à partir de 36°C. En dessous de 15ºC et au-dessus de 40ºC, la germination est très faible. La germination est médiocre en cas de stress hydrique. Phyllanthus maderaspatensis se reproduit généralement de graines, mais la multiplication végétative par greffage de tige, écussonnage, bouturage et rejets de racines est possible.

Gestion

On ne dispose d’aucune précision sur les méthodes de culture de Phyllanthus maderaspatensis ; il est en effet rarement cultivé. Il semble que toutes les parties végétales ne soient récoltées que dans la nature. Les pieds adultes ont une croissance rapide et ne nécessitent pas ou peu de gestion.

Ressources génétiques

On ne connaît ni de collection de ressources génétiques ni de programme d’amélioration génétique concernant Phyllanthus maderaspatensis. C’est une espèce largement répandue et assez commune, qui n’est pas sujette à l’érosion génétique.

Perspectives

Bien qu’apparemment sous-exploitée, Phyllanthus maderaspatensis maintiendra probablement son statut de plante médicinale importante. Il n’existe aucune production commerciale de semences, mais c’est un aspect qui demande à être davantage pris en compte, étant donné sa facilité de multiplication. Au vu de ses nombreux usages médicinaux, il offre de vastes perspectives à de futures recherches et un approfondissement des travaux phytochimiques et pharmacologiques est justifié. Un certain nombre de composés pourraient fournir des pistes intéressantes à l’analyse pharmacologique, et méritent de ce fait l’attention des chercheurs. Phyllanthus maderaspatensis devrait faire l’objet de prospections de ressources génétiques.

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Sources de l'illustration

  • Radcliffe-Smith, A., 1986. Euphorbiaceae. In: Nasir, E. & Ali, S.I. (Editors). Flora of Pakistan No 172. National Herbarium, Pakistan Agricultural Research Council, Islamabad and Department of Botany, University of Karachi, Pakistan. 170 pp.

Auteur(s)

  • A. Maroyi, Department of Biological Sciences, Bindura University of Science Education, P.B. 1020, Bindura, Zimbabwe

Citation correcte de cet article

Maroyi, A., 2008. Phyllanthus maderaspatensis L. In: Schmelzer, G.H. & Gurib-Fakim, A. (Editors). PROTA (Plant Resources of Tropical Africa / Ressources végétales de l’Afrique tropicale), Wageningen, Netherlands. Consulté le 23 avril 2026.


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