Pterocarpus lucens (PROTA)
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Introduction |
| Importance générale | |
| Répartition en Afrique | |
| Répartition mondiale | |
| Légume | |
| Colorant / tanin | |
| Médicinal | |
| Bois d'œuvre | |
| Fourrage | |
| Auxiliaire | |
| Sécurité alimentaire | |





Pterocarpus lucens Lepr.
- Protologue: Fl. Seneg. tent. 1(6) : 228 (1832).
- Famille: Papilionaceae (Leguminosae - Papilionoideae, Fabaceae)
- Nombre de chromosomes: 2n = 22
Noms vernaculaires
- Small-leaved bloodwood, barwood (En).
- Muvilu (Po).
Origine et répartition géographique
Pterocarpus lucens possède une aire de répartition remarquablement disjointe, et en conséquence, on distingue deux sous-espèces : subsp. lucens, présente dans la zone de savane du Sénégal à l’Ethiopie et l’Ouganda, et subsp. antunesii (Taub.) Rojo, présente du sud de l’Angola et du nord de la Namibie au Mozambique.
Usages
Le bois est utilisé localement en menuiserie, pour les revêtements de sol, l’ébénisterie, la fabrication de meubles et des outils. Il convient aussi à la construction lourde, aux étais de mine, à la construction de navires, aux châssis de véhicules, aux articles de sport, aux jouets, aux bibelots, aux traverses de chemin de fer, au placage et au contreplaqué. Dans certains endroits du Sahel, c’est l’un des bois d’œuvre favoris pour les montants et les éléments de charpente légère des maisons, des huttes, des greniers à céréales et des abris. On s’en servait autrefois pour confectionner des jantes de roue de chariot. Le bois est couramment utilisé comme bois de feu, car il donne des flammes ardentes et peu de fumée.
Les jeunes feuilles cuites se consomment en légume ; elles donnent du goût. Le feuillage est un fourrage important pour toutes sortes d’animaux domestiques. L’écorce est utilisée localement en tannerie et dans des préparations médicinales contre la diarrhée et les infections dues au ténia. La décoction de racine s’emploie contre les lumbagos et pour traiter les douleurs de reins. Des macérations de feuilles servent à traiter les maux de tête.
Propriétés
Les grumes sont courtes et habituellement cannelées. Le bois de cœur, blanc crème, ne se démarque pas nettement de l’aubier. Le fil est droit ou contrefil, le grain est modérément fin. Le bois fraîchement coupé a une odeur nauséabonde. Le bois est moyennement lourd à lourd ; le bois provenant du Mozambique a une densité de 820–920 kg/m³ à 12% d’humidité, et le bois de Zambie est de 700–800 kg/m³. Le bois sèche généralement bien avec peu de déformations. Les taux de retrait sont habituellement faibles, du bois vert à anhydre de moins de 3% radialement et de 5% tangentiellement ; toutefois, ils peuvent aussi être relativement élevés, du bois vert à anhydre jusqu’à 5,7% radialement et 9,8% tangentiellement. Une fois sec, le bois est stable en service. A 12% d’humidité, le module de rupture de bois de Zambie est de 102 N/mm², le module d’élasticité de 10 200 N/mm², la compression axiale de 51 N/mm² et la dureté Janka de flanc de 9090 N. Bien que dur et résistant, le bois se scie et se travaille bien en général, mais son contrefil peut donner lieu à des éclats lorsqu’on le rabote. Il se fend facilement, mais il accepte bien le clouage et le vissage. Il se tourne bien. Lorsqu’on utilise un enduit, les résultats obtenus avec la peinture, le polissage et le vernis sont satisfaisants. C’est un bois moyennement durable, mais résistant à l’imprégnation avec des produits de conservation. La sciure peut provoquer une irritation chez les ouvriers. Le bois contient un colorant jaunâtre.
La valeur alimentaire des feuilles est relativement élevée : 0,77 UF (unité fourragère) par kilo de matière sèche pour les feuilles vertes et 0,65 UF pour les feuilles sèches. La teneur en protéines brutes (sur base de la matière sèche) diminue de 19,4% chez les feuilles vertes à 14,9% chez les feuilles sèches, et l’azote digestible de 14,9% à 10,4%.
Description
- Arbuste ou petit arbre caducifolié atteignant 12(–18) m de haut ; fût droit et cylindrique ou à ramification basse, atteignant 70(–80) cm de diamètre ; surface de l’écorce gris pâle à brun foncé, lisse à fissurée ou écailleuse, écorce interne brune, marbrée de jaune et de rouge violacé, sécrétant une gomme rougeâtre lorsqu’on l’entaille ; cime étroite, dense ; rameaux couverts de poils courts lorsque jeunes.
- Feuilles alternes, composées imparipennées à (1–)5–7 (–9) folioles ; stipules linéaires, atteignant 5 mm de long, poilues, tombant précocement ; pétiole de (0,5–)2–3(–4) cm de long, rachis de (1,5–)3–8(–11) cm de long, légèrement poilu, glabrescent ; pétiolules de 2–6 mm de long ; folioles alternes à opposées, presque orbiculaires à ovales ou elliptiques, de (2–)3–8(–9,5) cm × (1–)1,5–5(–6) cm, base arrondie à obtuse, apex obtus à légèrement émarginé, papyracées, à poils brunâtres au-dessous à l’état jeune mais glabrescentes par la suite, à 6–20 paires de nervures latérales.
- Inflorescence : grappe axillaire de (2–)6–12(–16) cm de long, légèrement poilue.
- Fleurs bisexuées, papilionacées ; pédicelle de (5–)8–15(–18) mm de long ; calice campanulé, de 7–8,5 mm de long, presque glabre, à 5 dents triangulaires de 2–2,5 mm de long ; corolle à pétales pourvus d’onglet, jaune pâle, étendard presque circulaire atteignant 15 mm × 13 mm, ailes jusqu’à 15 mm de long, carène atteignant 12 mm de long ; étamines 10, soudées en une gaine atteignant 10 mm de long, l’étamine supérieure plus ou moins libre ; ovaire supère, stipité, poilu, style atteignant 6,5 mm de long, glabre vers le sommet.
- Fruit : gousse obovale-elliptique, aplatie, indéhiscente, de 3–5,5 cm de long, sur un stipe atteignant 1 cm de long et pourvu d’une aile papyracée et ondulée, glabre, de couleur paille à grisâtre ou brun jaunâtre, à 1(–2) graines.
- Graines réniformes à oblongues, plates à légèrement épaissies, d’environ 7 mm × 3 mm, lisses, brunes.
Autres données botaniques
Pterocarpus lucens est un arbre qui conserve souvent son feuillage jusqu’à la seconde moitié de la saison sèche. Il fleurit à la fin de la saison sèche, juste avant la sortie des nouvelles feuilles, ou bien les fleurs sortent en même temps que les jeunes feuilles. Les abeilles butinent généralement les fleurs et servent probablement de pollinisateurs. Les fruits mettent environ 3 mois à mûrir. Bien que les racines possèdent des nodules contenant des bactéries fixatrices d’azote, le potentiel de fixation d’azote de Pterocarpus lucens est jugé faible comparé à d’autres espèces. Au Sénégal, sa contribution à la fixation de l’azote a été estimée à 28,9 kg de N à l’ha dans les sols ferrugineux, et à 10,8 kg de N à l’ha dans les sols sableux.
Pterocarpus est un genre pantropical appartenant à la tribu des Dalbergieae ; il comprend environ 30 espèces dont environ 15 se rencontrent en Afrique, 10 en Amérique et 5 en Asie. On distingue deux sous-espèces de Pterocarpus lucens : subsp. lucens (synonyme : Pterocarpus abyssinicus Hochst. ex A.Rich.) et subsp. antunesii (synonyme : Pterocarpus antunesii (Taub.) Harms), ce dernier possédant des folioles généralement plus petites et un calice plus poilu.
Ecologie
Pterocarpus lucens est présent dans les savanes claires et boisées jusqu’à 1200 (–1500) m d’altitude ; il préfère les sols sableux profonds, mais également les sols argileux, y compris les plaines alluviales, où il devient généralement un arbre ; on le trouve aussi sur les affleurements rocheux, dont les roches calcaires, où il reste souvent un arbuste. On le trouve d’habitude dans des milieux plus secs que Pterocarpus erinaceus Poir., dans des régions où la pluviométrie annuelle moyenne est de 300–700 mm. Il est commun par endroits ; il pousse souvent en groupes et peut former des peuplements presque purs. En Afrique australe, où il n’est commun nulle part, il est typique des forêts sèches décidues.
Gestion
Les graines se conservent pendant 4 ans. Le poids de 1000 graines est d’environ 200 g. Les températures optimales de germination sont de 25–35°C et les semis sont exigeantes en lumière. L’émondage peut être un moyen d’étendre la période où les arbres portent des feuilles. A Niono (Mali ; 500 mm de pluviométrie annuelle moyenne), le rendement en feuillage est de 3,5 t/ha de matière sèche pour un peuplement presque pur de 1600 tiges/ha.
Ressources génétiques
Dans certains endroits, la pression sur les populations de Pterocarpus lucens est élevée en raison de la popularité de son bois dans la construction de maisons, une demande croissante comme bois de feu et un usage fréquent pour le fourrage. Au Burkina Faso, on a observé que de nombreux arbres de Pterocarpus lucens meurent lors des années sèches ; leur système racinaire, qui est relativement peu développé, est fréquemment endommagé par les termites, et les arbres sont probablement souvent affaiblis par les régulières cueillettes de feuillage destinées au fourrage.
Perspectives
Comme d’autres espèces de Pterocarpus, Pterocarpus lucens a de l’importance comme source de fourrage pendant une grande partie de la saison sèche. Il est très précieux pour les populations locales, également en raison de ses autres usages comme bois d’œuvre, légume, plante médicinale et arbre à bois de feu. Il est nécessaire d’effectuer des recherches sur des pratiques de gestion durable pour stopper son déclin et garantir sa survie à long terme.
Références principales
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Autres références
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- Ganaba, S., Ouadba, J.-M. & Bognounou, O., 2004. Plantes de construction d’habitations en région sahélienne. Bois et Forêts des Tropiques 282(4): 11–17.
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- Sylla, S.N., Ndoye, I., Ba-a, T., Gueye, M. & Dreyfus, B., 1998. Assessment of nitrogen fixation in Pterocarpus erinaceus and P. lucens using 15N labeling techniques. Arid Soil Research and Rehabilitation 12(3): 247–254.
Auteur(s)
- R.H.M.J. Lemmens, PROTA Network Office Europe, Wageningen University, P.O. Box 341, 6700 AH Wageningen, Netherlands
Citation correcte de cet article
Lemmens, R.H.M.J., 2008. Pterocarpus lucens Lepr. ex Guill. & Perr. In: Louppe, D., Oteng-Amoako, A.A. & Brink, M. (Editors). PROTA (Plant Resources of Tropical Africa / Ressources végétales de l’Afrique tropicale), Wageningen, Netherlands. Consulté le 22 avril 2026.
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