Senna alexandrina (PROTA)

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Ressources végétales de l'Afrique tropicale
Introduction
Liste des espèces



Senna alexandrina Mill.


Protologue: Gard. dict. ed. 8: Senna No 1 (1768).
Famille: Caesalpiniaceae (Leguminosae - Caesalpinioideae)
Nombre de chromosomes: 2n = 28, 56

Synonymes

  • Cassia senna L. (1753),
  • Cassia angustifolia Vahl (1790),
  • Cassia acutifolia Delile (1813).

Noms vernaculaires

  • Séné, séné vrai, séné d’Egypte, cassier, séné grandes feuilles (Fr).
  • Senna, Aden senna, Alexandrian senna, Indian senna, narrow-leaved senna, Nubian senna, Khartoum senna, true senna (En).
  • Sene, cássia, senna, cene (Po).
  • Msahala (Sw).

Origine et répartition géographique

Senna alexandrina est présent à l’état naturel du Mali jusqu’en Somalie et au Kenya. En Asie, il est également indigène depuis la péninsule Arabique jusqu’en Inde et au Sri Lanka. Au Mozambique, il a probablement été introduit il y a longtemps et il a aussi été introduit dans plusieurs pays d’Asie centrale et de la Méditerranée, aux Caraïbes et au Mexique. Sa culture commerciale est pratiquée en Inde, au Soudan, en Egypte, au Pakistan, en Chine et en Corée.

Usages

Les feuilles et les gousses de Senna alexandrina sont utilisées pour leurs vertus laxatives et purgatives depuis l’antiquité et leur commerce remonte au moins au IXe siècle après J.-C. En Occident, on trouvait Senna alexandrina dans la plupart des pharmacopées sous les noms de “Senna folium” et “Senna fructus”. C’est une plante qui a aussi de l’importance en médecine traditionnelle indienne et chinoise. Au Soudan, en Ethiopie, en Somalie et au Kenya, les feuilles comme les gousses servent de purgatif. Au Soudan, on absorbe une décoction de gousses pour se débarrasser des vers intestinaux et soigner les difficultés respiratoires. L’infusion de gousses est préconisée pour les femmes enceintes comme purgatif et pour faire disparaître la fièvre. L’infusion de feuilles se boit pour venir à bout des flatulences et des convulsions et pour arrêter les saignements de nez.

En Ethiopie, le bois sert à faire des outils agricoles. Les buissons sont broutés par les chameaux et les chèvres en Somalie. Cependant, au Soudan, Senna alexandrina tend à dominer la végétation dans les zones de pâture intensive, ce qui indique que le bétail ne s’y intéresse pas en priorité. En Ethiopie, l’espèce est recommandée pour la conservation du sol.

Production et commerce international

L’Inde est le plus gros producteur et exportateur de feuilles et de gousses de Senna alexandrina. Elle exportait 5000–7000 t de feuilles et de gousses par an vers 1990, principalement à destination de l’Allemagne, des Etats-Unis, du Japon, des Pays-Bas, de la France, de la Suisse et du Royaume-Uni. En 2003, les exportations de feuilles seules représentaient 9700 t. Pour le Soudan, les chiffres des exportations annuelles oscillent entre 700–7740 t de feuilles et de gousses. En 1992, le prix au port d’importation était de US$ 1600 par t pour les gousses indiennes et de US$ 1200 par t pour les gousses soudanaises. Le prix des feuilles était d’environ 50% inférieur à celui des gousses.

Propriétés

Les composés actifs des feuilles et de la paroi des gousses, pratiquement identiques, sont constitués, sur la base du poids sec, de 2–5% de dérivés d’anthraquinone et d’hétérosides dianthrones apparentés. Le produit séché contient principalement des sennosides A et B, ainsi que de petites quantités de composés apparentés. Les sennosides sont peu résorbés dans l’intestin grêle, mais une fois dans le côlon, ils sont hydrolysés par la flore bactérienne et les anthraquinones formées sont réduites pour produire les anthrones actives, responsables de l’activité laxative, car elles stimulent les mouvements péristaltiques. Les feuilles de qualité pharmaceutique doivent contenir 5,5–8,0% de sennoside B, les gousses quant à elles devant en renfermer au moins 2,2% (“séné Tinnevelly”) à 3,4% (“séné alexandrin”).

Les publications médicales scientifiques abondent, surtout sur l’usage de Senna alexandrina comme laxatif et sur ses risques probables pour la santé. Bien qu’aucun effet carcinogène dû à un usage prolongé n’ait été découvert lors d’essais sur des rats, il ne doit être utilisé que pour une constipation passagère, car toute utilisation prolongée peut donner lieu à une colite ulcéreuse chronique. L’utilisation de cette substance pharmaceutique est contre-indiquée dans les cas d’obstruction intestinale et d’inflammation intestinale aiguë. Une utilisation chez les enfants de moins de 12 ans et les femmes enceintes ou allaitantes doit être déconseillée. Le recours aux préparations amaigrissantes est dangereux.

L’extrait à l’éthanol des feuilles de Senna alexandrina montre une activité inhibitrice contre Bacillus cereus, Staphylococcus aureus et Staphylococcus epidermidis, mais pas contre les bactéries gram-négatives.

Falsifications et succédanés

Comme purgatif, Senna alexandrina est souvent remplacé par d’autres espèces de Senna, de Cassia et d’Aloe. Il était jadis courant et rentable de couper les produits du commerce avec d’autres plantes, mais de nos jours, les pays d’importation ont des règles et des contrôles stricts. Selon les sources, on a trouvé dans ces produits jusqu’à 90% de Senna auriculata (L.) Roxb. (“avaram”), et Senna italica Mill. (“séné du Sénégal”) était aussi couramment utilisé. Dans de nombreux pays africains, les préparations commerciales sont importées.

Description

  • Arbuste caducifolié atteignant 3 m de haut.
  • Feuilles disposées en spirale, composées paripennées à 4–10 paires de folioles ; stipules linéaires à étroitement triangulaires, de 1,5–5 cm de long, aiguës, persistantes ; pétiole de 1–8 cm de long ; folioles lancéolées ou étroitement elliptiques à elliptiques, de 2–6,5 cm × 0,5–1,5 cm, base cunéiforme, inégale, apex arrondi à obtus, mucroné, brièvement poilues sur les deux faces.
  • Inflorescence : grappe érigée, axillaire, de 5–30 cm de long, à 20–30 fleurs ; bractées elliptiques à obovales, d’environ 1 cm de long.
  • Fleurs bisexuées, zygomorphes, 5-mères ; sépales d’environ 1 cm de long, arrondis à l’apex ; pétales inégaux, (oblongs-)obovales, de 1,5–3 cm de long, jaunes ou jaune orangé ; étamines 10, les 2 du bas étant les plus grosses, 5 de taille moyenne, 3 courtes et stériles ; ovaire supère, laineux, recourbé, style court.
  • Fruit : gousse aplatie, oblongue, légèrement arquée à presque droite, de 4–7 cm × 1,5–2,5 cm, cloisonnée transversalement, déhiscente tardivement par 2 valves, à 9–16 graines.
  • Graines oblongues ou oblongues-ovales, comprimées, de 8–9 mm × 4–5 mm, à petite aréole sur chaque face.

Autres données botaniques

Jusqu’au début des années 1980, le genre Cassia était considéré comme un très vaste genre comptant environ 550 espèces ; par la suite il a été subdivisé en 3 genres : Cassia s.s. comportant une trentaine d’espèces, Chamaecrista comportant environ 250 espèces, et Senna avec environ 270 espèces. Senna ressemble beaucoup à Cassia, mais il s’en distingue par la possession de 3 étamines adaxiales, courtes et droites, et des pédicelles dépourvus de bractéoles.

On distingue deux variétés chez Senna alexandrina: var. obtusata (Brenan) Lock, confinée à l’Erythrée, l’Ethiopie, la Somalie et le nord du Kenya, et var. alexandrina, qui est la variété la plus répandue. La distinction opérée dans le commerce entre le séné indien ou séné Tinnevelly provenant d’Inde, et le séné nubien ou séné alexandrin du Soudan, n’a pas de base taxinomique.

Plusieurs autres espèces de Senna de l’Afrique de l’Est ont des usages médicinaux semblables à ceux de Senna alexandrina, mais ils n’ont qu’une importance locale. En Somalie, beaucoup partagent le même nom vernaculaire de “jalelo”.

Senna holosericea

Senna holosericea (Fresen.) Greuter est présent au Soudan, en Erythrée, en Ethiopie, à Djibouti et en Somalie et s’étend vers l’est jusqu’en Inde. Les gousses et les feuilles s’utilisent en Ethiopie comme laxatif.

Senna hookeriana

Les gousses et les feuilles de Senna hookeriana Batka (synonymes : Cassia adenensis Benth., Cassia somalensis Serrato) de Somalie et de Socotra s’utilisent aussi comme laxatif en Somalie.

Senna baccarinii

Senna baccarinii (Chiov.) Lock, du sud et de l’est de l’Ethiopie, de Somalie et du nord du Kenya a les mêmes usages ; ses brindilles servent de brosse à dents. On le cultive aussi comme plante ornementale.

Senna longiracemosa

Senna longiracemosa (Vatke) Lock, originaire d’Ethiopie, de Somalie, du Kenya, d’Ouganda et de Tanzanie, est utilisé par les Somalis, et les Samburus du Kenya, qui se servent des racines comme remède au paludisme. Ils les écrasent et les font bouillir et le filtrat se boit avec du lait.

Croissance et développement

Senna alexandrina fleurit et fructifie toute l’année. Il ne forme pas de nodosités racinaires et ne fixe pas l’azote.

Ecologie

En Afrique tropicale, Senna alexandrina est présent dans les savanes arbustives et herbeuses semi-désertiques, surtout sur le fond des vallées, les plaines inondables et les berges de fleuves, souvent associé à Acacia spp. On le trouve depuis le niveau de la mer jusqu’à 1300 m d’altitude. Sa germination est gênée par la salinité mais les plantes âgées tolèrent le sel. Senna alexandrina ne supporte pas l’asphyxie racinaire continuelle ou une irrigation intensive.

Multiplication et plantation

Senna alexandrina est généralement mis en place en semant à la volée des graines traitées, à raison de 15–25 kg/ha. Les graines non traitées ont un médiocre taux de germination. Un traitement à l’acide sulfurique est plus efficace pour interrompre la dormance que le méthanol, l’eau bouillante ou l’incision du tégument. Le poids de 1000 graines est d’environ 30 g.

Gestion

En Inde, Senna alexandrina est le plus souvent une culture pluviale ou une culture dérobée après le riz. Dans les rizières, il germe sur l’humidité résiduelle et peut être irrigué. Un ou deux désherbages sont nécessaires avant que le couvert végétal ne se referme. Les premières inflorescences qui apparaissent sont coupées, ce qui provoque une ramification et augmente la teneur en sennoside des feuilles. Senna alexandrina est généralement cultivé comme culture annuelle, mais on peut le laisser sur pied pour produire 2–3 ans de plus.

Récolte

Au Soudan, on fait deux récoltes par an, la plus abondante étant après les pluies de septembre et l’autre en avril. En Inde, les feuilles se récoltent 3 mois après le semis par cueillette une par une ou effeuillage des tiges. La deuxième et la troisième récolte suivent 4–6 semaines plus tard. A la troisième récolte, les gousses sont également récoltées.

Rendement

Les rendements de Senna alexandrina varient considérablement en fonction des conditions du sol et de l’eau. En Inde, les rendements annuels moyens sont d’environ 700 kg de feuilles et 100 kg de gousses à l’ha en culture pluviale. Sous irrigation, le rendement en feuilles est d’environ 1400 kg/ha, et en gousses de 150 kg/ha. Bien que la teneur en sennoside soit plus élevée lorsque les plantes sont soumises à des stress, une irrigation et une fertilisation modérées sont rentables car elles augmentent les rendements en feuilles et en sennoside total.

Traitement après récolte

Au Soudan, la récolte est déposée sur des pierres jusqu’à complet séchage et les plantes sont ensuite effeuillées. Les feuilles s’enroulent en cours de séchage et on les entasse en vrac. En Inde, le séchage s’effectue sur un sol propre à l’intérieur ou à l’ombre. Les feuilles sont étalées en couche mince et on les remue régulièrement pour permettre un séchage homogène. On en fait ensuite des ballots à l’aide d’une presse hydraulique. Les feuilles de bonne qualité sont fraîches et de couleur vert jaunâtre vif, elles ont une odeur faible et particulière comme le thé vert, et une saveur légèrement amère, mucilagineuse et douceâtre. Les gousses sont mises à sécher en bottes et suspendues dans des hangars bien ventilés pendant 10–12 jours. Après battage, les graines sont séparées des gousses. Les gousses écossées sont généralement mises en caisses. Gousses et feuilles gardent leurs vertus médicinales pendant des années si elles sont conservées à basse température et à faible humidité, mais elles ne doivent être réduites en poudre qu’au fur et à mesure des besoins, car la poudre a tendance à absorber l’humidité, à moisir et à perdre son efficacité.

Ressources génétiques

Bien qu’il soit récolté dans la nature au Soudan en quantités considérables, la diversité génétique de Senna alexandrina n’est pas menacée dans ce pays. Le Central Institute of Medicinal and Aromatic Plants de Lucknow, en Inde, détient un nombre important de génotypes indiens. La variation régionale au sein de l’espèce est peu représentée dans les collections.

Sélection

La sélection chez Senna alexandrina pour obtenir un nombre élevé de rameaux permettrait d’améliorer le rendement en feuilles sèches par pied.

Perspectives

La multitude des noms commerciaux de Senna alexandrina, la médiocre compréhension de sa classification taxinomique et une nomenclature changeante prêtent à confusion. Les possibilités d’extension de sa culture commerciale en Afrique tropicale méritent d’être étudiées de près.

Références principales

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Sources de l'illustration

  • Serrato Valenti, G., 1971. Adumbratio florae Aethiopicae 22. Caesalpiniaceae - gen. Cassia. Webbia 26(1): 1–99.

Auteur(s)

  • C.H. Bosch, PROTA Network Office Europe, Wageningen University, P.O. Box 341, 6700 AH Wageningen, Netherlands

Citation correcte de cet article

Bosch, C.H., 2007. Senna alexandrina Mill. In: Schmelzer, G.H. & Gurib-Fakim, A. (Editors). PROTA (Plant Resources of Tropical Africa / Ressources végétales de l’Afrique tropicale), Wageningen, Netherlands. Consulté le 19 avril 2026.


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