Senna singueana (PROTA)

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Ressources végétales de l'Afrique tropicale
Introduction
Liste des espèces


Importance générale
Répartition en Afrique
Répartition mondiale
Légume
Glucides / amidon
Colorant / tanin
Médicinal
Bois d'œuvre
Bois de feu
Ornemental
Fourrage
Auxiliaire
Sécurité alimentaire


Senna singueana (Delile) Lock


Protologue: Kew Bull. 43(2) : 340 (1988).
Famille: Caesalpiniaceae (Leguminosae - Caesalpinioideae)

Synonymes

  • Cassia singueana Delile (1826),
  • Cassia goratensis Fresen. (1839).

Noms vernaculaires

  • Winter cassia, sticky pod, scrambled egg (En).
  • Pintcheira do mato (Po).
  • Mbaraka, mkundekunde (Sw).

Origine et répartition géographique

Senna singueana est présent dans toute l’Afrique continentale tropicale et les seuls pays dont il est absent sont probablement le Gabon, Djibouti et la Somalie. Dans les îles de l’océan Indien, il est signalé seulement aux Comores.

Usages

Senna singueana a de nombreux usages médicinaux dans toute l’Afrique. L’infusion de feuilles à l’eau bouillante se boit comme fébrifuge et les feuilles chaudes s’appliquent en compresse à cet effet. Le jus de feuilles se boit contre le paludisme. Les feuilles en décoction, en infusion ou en poudre séchée s’appliquent sur les plaies lépreuses et syphilitiques. L’infusion de feuilles se met en gouttes dans les yeux pour soigner la conjonctivite. Des extraits d’écorce de tige se prennent pour soigner les maux d’estomac. Comme les feuilles, l’écorce de tige sert à traiter les dermatoses et le paludisme. L’infusion de fleurs s’utilise comme lotion oculaire. La pulpe du fruit trempée dans de l’eau et cuite avec un aliment de base est consommée par les femmes qui allaitent, car elle a la réputation d’être galactogène. Les racines sont employées dans le traitement des maladies vénériennes, des maux d’estomac et comme purgatif. Elles servent également à soigner l’impuissance provoquée par le diabète. Leurs cendres se consomment mélangées à de la bouillie pour soigner les douleurs abdominales. Les feuilles, la tige et l’écorce de racine s’utilisent comme vermifuge et pour traiter la bilharziose.

Du point de vue ornemental, Senna singueana est une plante spectaculaire dont les fleurs éclosent avant le début des pluies, mais elle est seulement utilisée à cet effet sur son aire géographique naturelle. Les feuilles se consomment comme légume cuit au Malawi et en Tanzanie, mais ailleurs elles sont réputées toxiques. L’écorce de tige sert à colorer les textiles en Ethiopie et en Zambie, et à tanner les cuirs dans de nombreuses régions d’Afrique de l’Est. Au Soudan, ce sont les fruits qui servent à tanner les peaux. On enveloppe des bananes dans les feuilles pour accélérer leur mûrissement. Le feuillage est brouté par le bétail. Le bois sert de bois de feu, et aussi dans la construction des huttes, la confection de petits meubles et la sculpture. La fibre de racines est utilisée dans des postiches.

Propriétés

Des racines ont été isolés 4 dérivés de tétrahydroanthracène, le singuéanol-I et -II, le torosachrysone, le germichrysone, ainsi qu’un triterpène pentacyclique, le lupéol, et des stéroïdes (campestérol, β-sitostérol et stigmastérol). Les dérivés d’anthracène ont montré une activité significative contre plusieurs bactéries gram-positives in vitro et une activité antispasmodique sur le côlon de cobaye isolé. Des extraits d’écorce de racine ont également révélé une activité analgésique, antipyrétique, vermifuge et antiplasmodique. Les feuilles ont des propriétés vermifuges et antivirales, mais pas d’activité antibactérienne significative. L’écorce de tige contient des tanins et est astringente. Les feuilles contiennent aussi des tanins, mais une étude récente a indiqué que leur présence n’altérait pas la digestibilité des feuilles, qui est assez bonne. Sur les pâturages où les arbustes de Senna singueana abondent, leur absorption par le bétail a semblé très faible, et donc sans doute un autre facteur anti-appétant est en cause. Les feuilles contiennent un flavonoïde, la leucopélagonidine, qui a des propriétés colorantes. Le bois est brun pâle.

Description

Arbuste ou petit arbre caducifolié atteignant 15 m de haut. Feuilles disposées en spirale, composées paripennées à 5–12 paires de folioles ; stipules linéaires-lancéolées, acuminées, tombant rapidement ; folioles elliptiques, oblongues-elliptiques à obovales-elliptiques, de 2,5–6,5 cm × 1,5–3 cm, inégales à la base, généralement arrondies ou émarginées à l’apex, glabres à poilues sur les deux faces. Inflorescence : grappe terminale, pédonculée, atteignant 15 cm de long, à 6–nombreuses fleurs ; bractées de 9–27 mm de long. Fleurs bisexuées ou femelles, zygomorphes, 5-mères ; sépales oblongs-obovales, atteignant 14 mm de long ; pétales inégaux, oblongs à obovales, de 1,5–3 cm de long, jaunes ; étamines 10, les 3 étamines inférieures plus grosses et fertiles, 7 stériles ; ovaire supère, d’environ 2 cm de long, stipité, recourbé vers le bas. Fruit : gousse oblongue cylindrique à légèrement comprimée, droite ou légèrement torse, de 5–25 cm × 0,5–1 cm, légèrement comprimée entre les graines, indéhiscente, apex arrondi et à courte pointe, à 8–25 graines. Graines comprimées, rondes, de 5–6 mm de diamètre, à petite aréole sur chaque face.

Autres données botaniques

Senna singueana fleurit souvent alors qu’il n’a pas encore de feuilles. Il est sensible aux incendies, mais son épaisse écorce lui confère une certaine protection. Il forme souvent des associations avec des insectes comme les fourmis et les abeilles charpentières, et ses gousses poisseuses sont fréquemment butinées par les mouches. Il ne forme pas de nodules racinaires et ne fixe pas l’azote.

Jusqu’au début des années 1980, le genre Cassia était considéré comme un très vaste genre comptant environ 550 espèces ; par la suite il a été subdivisé en 3 genres : Cassia s.s. comportant une trentaine d’espèces, Chamaecrista comportant environ 250 espèces et Senna avec environ 270 espèces. Senna ressemble beaucoup à Cassia, mais il s’en distingue par la possession de 3 étamines adaxiales, courtes et droites, et des pédicelles dépourvus de bractéoles.

Ecologie

Senna singueana est présent dans les fourrés, les bois, la savane et les forêts sempervirentes sèches, souvent sur les termitières, depuis le niveau de la mer jusqu’à 2250 m d’altitude. On le trouve dans les régions où la pluviométrie annuelle est de 500–1000 mm.

Gestion

Senna singueana se multiplie par semis, y compris les semis naturels, et sa croissance est rapide. Les graines sèches conservées dans des récipients étanches restent viables pendant au moins 3 ans. La graine germe en 9 jours environ, avec un taux de germination moyen de 78%.

Si on veut avoir un arbre à tronc rectiligne, il faut le protéger contre les animaux qui pourraient le brouter. Les arbres peuvent être recépés.

Ressources génétiques

Senna singueana est répandu et commun sur la plus grande partie de son aire de répartition. En Namibie, où les racines sont récoltées pour des usages médicinaux, il s’est raréfié et sa conservation s’impose.

Perspectives

Bien que Senna singueana possède de nombreux usages médicinaux, peu d’études ont été menées sur sa pharmacologie et elles se sont cantonnées aux recherches sur l’écorce de racine. Etant donné les nombreux usages médicinaux des feuilles, des recherches sur leurs propriétés sont justifiées. Elles constituent en outre une source plus durable de substances médicinales que l’écorce de racine ou de tige. La relation entre la variabilité morphologique de l’espèce et ses usages, et sa variabilité sur le plan phytochimique nécessitent davantage de recherches.

Références principales

  • Adzu, B., Abbah, J., Vongtau, H. & Gamaniel, K., 2003. Studies on the use of Cassia singueana in malaria ethnopharmacy. Journal of Ethnopharmacology 88(2–3): 261–267.
  • Brenan, J.P.M., 1967. Leguminosae, subfamily Caesalpinioideae. In: Milne-Redhead, E. & Polhill, R.M. (Editors). Flora of Tropical East Africa. Crown Agents for Oversea Governments and Administrations, London, United Kingdom. 230 pp.
  • Burkill, H.M., 1995. The useful plants of West Tropical Africa. 2nd Edition. Volume 3, Families J–L. Royal Botanic Gardens, Kew, Richmond, United Kingdom. 857 pp.
  • Endo, M. & Naoki, H., 1980. Antimicrobial and antispasmodic tetrahydroanthracenes from Cassia singueana. Tetrahedron 36(17): 2449–2452.
  • Neuwinger, H.D., 2000. African traditional medicine: a dictionary of plant use and applications. Medpharm Scientific, Stuttgart, Germany. 589 pp.

Autres références

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  • Williamson, J., 1955. Useful plants of Nyasaland. The Government Printer, Zomba, Nyasaland. 168 pp.

Auteur(s)

  • V. Kawanga, Zambian Branch, Commonwealth Forestry Association, Private Bag RW 359X, Ridgeway, 15102 Lusaka, Zambia
  • C.H. Bosch, PROTA Network Office Europe, Wageningen University, P.O. Box 341, 6700 AH Wageningen, Netherlands

Citation correcte de cet article

Kawanga, V. & Bosch, C.H., 2007. Senna singueana (Delile) Lock. In: Schmelzer, G.H. & Gurib-Fakim, A. (Editors). PROTA (Plant Resources of Tropical Africa / Ressources végétales de l’Afrique tropicale), Wageningen, Netherlands. Consulté le 22 avril 2026.


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