Triumfetta cordifolia (PROTA)

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Ressources végétales de l'Afrique tropicale
Introduction
Liste des espèces


Importance générale
Répartition en Afrique
Répartition mondiale
Légume
Glucides / amidon
Médicinal
Bois de feu
Ornemental
Fibre
Sécurité alimentaire


Triumfetta cordifolia A.Rich.


Protologue: Fl. Seneg. tent. : 91, t. 18 (1831).
Famille: Tiliaceae (APG: Malvaceae)

Noms vernaculaires

  • Burweed, cordleaf burbark (En).
  • Mchochokoe (Sw).

Origine et répartition géographique

Triumfetta cordifolia est répandu dans les régions humides d’Afrique tropicale. Il est parfois planté.

Usages

L’écorce de la tige et des rameaux produisent une fibre qui, sous forme de rubans d’écorce ou après rouissage, s’emploie localement pour fabriquer une corde résistante, des cordes d’arc et des lignes de pêche. On en fait parfois des ceintures qui servent à grimper aux arbres et aux palmiers, par exemple pour récolter le vin de palme. La fibre est utilisée dans certains endroits pour confectionner des balais, des sacs, des paniers, des nattes, des hamacs et des costumes de danse traditionnels. Du point de vue commercial, on l’utilisait autrefois pour faire de la toile de jute, des sacs et du matériau d’emballage. Des parties de la plante servent localement de brosse à dent. Les feuilles tendres ont jadis fait office de papier toilette.

En R.D. du Congo, le bois est utilisé dans la construction des maisons, ainsi que comme bois de feu et petit bois. L’écorce des pousses vertes est une source de mucilage, dont on fait des soupes et des sauces de consistance gluante. Ce mucilage tiré des espèces de Triumfetta est souvent utilisé dans l’alimentation infantile et celle des jeunes enfants encore incapables d’absorber des féculents grossiers. En raison de sa valeur énergétique élevée, la soupe est souvent le premier mets que l’on donne aux femmes qui viennent d’accoucher. Elle sert aussi à ouvrir l’appétit. La feuille se consomme couramment comme légume cuit. En Tanzanie, la feuille tendre émincée se cuit seule ou en mélange avec d’autres légumes, puis on ajoute du lait de coco ou des arachides pilées et on sert ce plat avec de l’ “ugali”, du riz, des pommes de terres ou des bananes. Les cendres de feuilles brûlées de Triumfetta cordifolia étaient autrefois employées dans la production de savon et d’indigo en Guinée. L’arbuste est brouté par le bétail et c’est une bonne source de nectar et de pollen pour les abeilles.

Triumfetta cordifolia est couramment utilisé en médecine traditionnelle africaine. Des préparations de racine sont appliquées sur les brûlures et la racine en poudre est mélangée aux aliments pour le traitement de la diarrhée. Le jus de la racine ou de la feuille, dilué avec de l’eau, se prend pour faciliter l’accouchement, expulser le placenta et dans le traitement de la stérilité féminine. La macération d’écorce se prend contre les lumbagos et les douleurs musculaires. Le vin de palme dans lequel l’écorce pilée a été mise à macérer se boit en traitement des problèmes pulmonaires. La décoction de rameaux avec du sucre se prend en traitement de la dyspnée et des névralgies intercostales. Dans les cas de bouffées délirantes ou de possession, le jus de rameaux feuillés se boit et s’asperge sur le corps. Les jeunes pousses servent à confectionner des emplâtres sur les plaies pour éloigner les insectes. La feuille est employée dans des préparations servant à traiter la diarrhée et la dysenterie. Les feuilles attendries se frictionnent contre les lumbagos et les feuilles chauffées sur les gencives contre les caries. La décoction de feuilles se prend contre la rhinite, ainsi que comme galactagogue et pour déclencher l’accouchement et, en lotion, on l’utilise contre le prolapsus vaginal. La décoction de feuille ou le jus de feuilles se boit pour soigner les maladies du foie, le lumbago et les douleurs musculaires, ou comme laxatif. Le jus de feuilles, l’infusion ou la macération se boit pour expulser le placenta. L’extrait de feuille se prend en traitement de l’asthénie, du marasme, de l’hépatite et de la dysenterie. L’infusion de fleurs s’emploie en lavements comme purgatif et les fleurs broyées sont mises à macérer dans l’eau, et ce breuvage se prend contre les nausées. En médecine vétérinaire, le jus de feuilles se donne en traitement de la diarrhée.

Production et commerce international

Triumfetta cordifolia se cantonne à un usage local. En R.D. du Congo, la plante était jadis une importante denrée commerciale et la fibre rouie était exportée en mélange avec celle de Clappertonia polyandra (K.Schum.) Bech. En 1950, il y eu environ 3000 kg de ce mélange de fibres exportés à destination de la Belgique, où il servait à faire des sacs et du matériau d’emballage.

Propriétés

La fibre est durable et hydrofuge. Elle possède le bon équilibre entre rigidité et élasticité pour composer des bottes destinées à faire des balais. La fibre tirée des rameaux est moins flexible et plus fragile que celle de la tige. Une fibre ghanéenne examinée au début du XXe siècle avait été jugée d’égale qualité à celle des catégories les plus fines du jute ; les fils faisaient 1,5 m de long, étaient de couleur chamois, fins et de diamètre égal, résistants, doux et lustrés. Des tests ultérieurs ont indiqué que la fibre était comparable au jute en longueur et en résistance, mais moins fine et moins souple.

La tige est mucilagineuse et, d’après les sources, de saveur piquante. Elle contient des céramides (le triumfettamide et le triumfettoside Ic), de l’acide heptadécanoïque, du β-sitostérol glucopyranoside, de la friedéline, du lupéol, de la bétuline, de l’acide maslinique, de l’acide 2-hydroxyoléanolique et un mélange de stigmastérol et de β-sitostérol. L’acide maslinique et un dérivé oxydé de la bétuline (l’acide bétulinique) sont connus pour leur activité anti-VIH. Un extrait aqueux de la tige a induit une perte de poids et montré ses effets anti-hyperlipémiques chez des cobayes.

La feuille est parfumée lorsqu’on la broie. La composition nutritionnelle des feuilles de Triumfetta sp., par 100 g de partie comestible est : eau 78,4 g, énergie 285 kJ (68 kcal), protéines 4,2 g, lipides 0,4 g, glucides 15,2 g, fibres 3,4 g, Ca 392 mg, P 76 mg, Fe 29,2 mg (Leung, W.-T.W., Busson, F. & Jardin, C., 1968). On signale la présence de saponines dans toute la plante. La plante est paraît-il résistante au feu et apte à être utilisée dans les pare-feu.

Falsifications et succédanés

La fibre est comparable à celle de Clappertonia polyandra, mais plus grossière que le jute du Congo (Urena lobata L.). D’autres espèces de Triumfetta, telles que Triumfetta rhomboidea Jacq. et Triumfetta tomentosa Bojer, produisent des fibres ayant les mêmes usages locaux. Les feuilles d’espèces voisines telles que Triumfetta annua L., Triumfetta pentandra Guill., Perr. & A.Rich. et Triumfetta rhomboidea sont également utilisées comme légume cuit, et leur écorce comme source de mucilage.

Description

Arbuste atteignant 2,5(–5) m de haut ; tige de 1,5 cm de diamètre à la base, légèrement ramifiée ; écorce lisse, brun-rouge, chez les jeunes tiges subscabreuse à doucement veloutée à poils brunâtres. Feuilles alternes, simples ; stipules triangulaires, de 4–17 mm de long, densément couvertes de poils étoilés ; pétiole cylindrique, atteignant 13,5 cm de long, poilu comme la tige ; limbe elliptique à presque orbiculaire, de 4,5–20 cm × 2–18 cm, quasiment non-lobé à 3(–5)-lobé avec un lobe central de 2,5–4,5 cm de long et des lobes latéraux de 0,5–2,5 cm de long, base cordée, rarement obtuse, apex acuminé à aigu, bord doublement denté, généralement décoloré, face supérieure à minuscules poils étoilés très disséminés, face inférieure légèrement poilue ou densément couverte de doux poils étoilés et de quelques poils simples plus longs, grisâtre ou blanc brunâtre. Inflorescence terminale, à 5–10 ramifications ultérieures de 5–35 cm de long, chacune à nœuds espacés de 8–20 mm, chaque nœud portant 3–10 cymes, feuilles réduites sur les nœuds inférieurs, cymes à 1–3 fleurs ; pédoncule de 4–11 mm de long ; bractées triangulaires, de 1,5–5 mm de long, à poils étoilés denses. Fleurs bisexuées, régulières ; pédicelle atteignant 3 mm de long ; sépales 5, libres, étroitement oblancéolés, atteignant 11 mm de long, à épine apicale extrêmement courte, face extérieure à denses poils étoilés gris brunâtre à presque glabre ; pétales 5, oblongs à presque orbiculaires, de 5–7 mm × 2–3 mm, blancs, jaunes ou orange, pourvus d’un onglet basal de 1–2 mm de long, bord à denses poils laineux ; étamines 8–12 ; ovaire supère, 4–5-loculaire. Fruit : capsule déhiscente presque sphérique de 7–15 mm de diamètre (soies comprises), brun foncé, brillante et glabre ou à poils simples clairsemés (rarement denses), à environ 80 soies étalées de 3–4 mm de long, apex des soies fortement crochu et muni d’un unique poil terminal. Graines d’environ 2 mm de long.

Autres données botaniques

Triumfetta est un genre pantropical d’environ 100 espèces. La classification des espèces est principalement basée sur les caractéristiques du fruit. Dans Triumfetta cordifolia, on distingue plusieurs variétés. Triumfetta cordifolia var. cordifolia possède une feuille à limbe non lobé et garni d’un léger indument constitué surtout de poils étoilés. Var. tomentosa Sprague a des feuilles à limbe à 3(–5) lobes prononcés et dont la face inférieure est garnie d’une bourre tomenteuse dense blanc grisâtre. Var. hollandii Sprague présente un limbe non lobé ou 3-lobé et garni de nombreux longs poils simples et de petits poils étoilés.

Croissance et développement

Triumfetta cordifolia pousse rapidement. Au Bénin, la floraison a lieu en mai–février et la fructification en janvier–mars. Les fruits se collent au pelage des animaux, qui les dispersent. Ils sont également disséminés par les éléphants, qui les avalent lorsqu’ils broutent le feuillage.

Ecologie

Triumfetta cordifolia est présent du niveau de la mer jusqu’à 2650 m d’altitude, et localement commun en savane arborée, en forêt secondaire, en lisière et dans les clairières de forêts humides, en ripisylve, dans les endroits marécageux, les jachères, au bord des routes et dans les terrains perturbés. C’est une adventice commune dans les cultures, difficile à éradiquer.

Multiplication et plantation

Triumfetta cordifolia peut se multiplier par graines. Un taux de germination de 80–90% est la norme. Des boutures de tiges feuillées peuvent aussi servir à la multiplication. Lorsque les espèces de Triumfetta sont cultivées pour le mucilage, on prélève des boutures de 15–20 cm de long à l’extrémité des tiges récoltées. Comme l’ensoleillement direct ne convient pas bien à cette culture, les boutures s’installent généralement à l’ombre d’un arbre. On les plante en cercle, espacées de 10–15 cm. Si la bouture n’est pas plantée bien droite, des racines adventives peuvent se développer et réduire la capacité de la plante à produire du mucilage. Pour cette raison, certains agriculteurs attachent les boutures à une plante plus haute comme par ex. le bananier plantain, pour s’assurer une croissance rectiligne.

Gestion

Les sources indiquent que le buttage, le paillage et l’ombrage ont des effets bénéfiques sur la croissance de Triumfetta cordifolia. La gestion des plantes de Triumfetta cultivées pour le mucilage se limite au désherbage, au tuteurage et à de l’arrosage en période de sécheresse.

Maladies et ravageurs

Triumfetta cordifolia est la plante hôte de la punaise du cotonnier Dysdercus superstitiosus, un ravageur du coton.

Récolte

A la récolte, on coupe les tiges en laissant 1–2 bourgeons à la base. On peut récolter des tiges sur la même plante pendant de nombreuses années. Les tiges récoltées pour le mucilage sont sectionnées juste au-dessus du niveau du sol, lorsqu’elles font 75–100 cm de long. La préparation consiste à ôter toutes les feuilles ainsi que le tronçon terminal où la tige a un diamètre inférieur à 1 cm. Les baguettes ainsi obtenues sont soit emportées à l’exploitation soit liées en bottes et portées au marché. Les feuilles destinées à la consommation comme légume sont récoltées pendant la saison des pluies.

Rendement

En R.D. du Congo, des rendements d’environ 260 kg/ha de fibres sèches ont été obtenus après 13 jours de rouissage. En Guinée équatoriale, 600 kg de tiges ont produit environ 100 kg d’écorce, dont on a tiré près de 10 kg de fil.

Traitement après récolte

L’écorçage des tiges nécessite une certaine force. Pour obtenir les fibres, le rouissage des tiges dans l’eau peut durer plusieurs jours. Cela prend plus de temps à l’eau courante qu’à l’eau stagnante, mais la fibre obtenue après trempage dans l’eau courante est plus claire et de meilleure qualité. Il est difficile d’extraire les fibres des tiges sèches.

Le mucilage est extrait en faisant ramollir l’écorce dans l’eau chaude, puis en la malaxant dans une petite quantité d’eau propre. Pendant le malaxage, le mucilage se libère dans l’eau et c’est ce produit qui s’ajoute aux ragoûts pour les rendre gluants. L’écorce peut être conservée une fois récoltée.

Ressources génétiques

Etant donné sa vaste répartition et la grande diversité de ses milieux, Triumfetta cordifolia n’est pas menacé d’érosion génétique.

Perspectives

Triumfetta cordifolia est une utile source locale de différents matériaux, notamment une fibre robuste, des feuilles comestibles, du mucilage et des remèdes. Les usages médicinaux sont connus partout en Afrique tropicale, à la différence de sa valeur comme plante à fibre, ce qui limite pour le moment son usage. Triumfetta cordifolia semble avoir du potentiel comme plante à fibre, il est répandu et commun dans les régions humides d’Afrique tropicale et les indications concernant les propriétés de ses fibres sont favorables. Mais la plupart des informations dont on dispose sur les propriétés des fibres sont anciennes et il est nécessaire de mener de nouvelles recherches pour évaluer le potentiel de cette espèce en vue d’applications modernes.

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Sources de l'illustration

  • Busson, F., 1965. Plantes alimentaires de l’ouest Africain: étude botanique, biologique et chimique. Leconte, Marseille, France. 568 pp.

Auteur(s)

  • R.B. Jiofack Tafokou, Ecologic Museum of Cameroon, P.O. Box 8038, Yaoundé, Cameroon

Consulté le 17 septembre 2026.


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